Croix de Fer, Croix de Bois mais pas l'Enfer !
Après le plateau miam si désiré de Saint Michel de Maurienne, je poursuis mon chemin de croix (de fer) cycliste. De nombreux cyclistes sont arrêtés au bord de la route, perdus ! "Où est donc la route, c'est mal fléché ! C'est mal organisé, Grrrr !" Je file tout droit en indiquant la direction mais personne ne suit. Pas confiants, les mecs ! C'est vrai qu'avec mon physique imposant et mon agressivité naturelle, j'impressionne !
Villarsgondran. J'entame la longue montée sur Alviez le Jeune. Une cinquantaine de virages. Deux cyclos me doublent avec efficacité. Le premier, tout jeune, s'envole. Le second, plus vieux, reste un grand moment devant moi et disparait totalement à la sortie d'un virage, incroyable. Je contente de mon coup de pédale sûr mais pas assez léger dans les forts dénivelés. C'est chiant tout de même. Cette route boisée protège avantageusement le cycliste de la chaleur. Et un virage, et un autre, et encore un autre, ça n'arrête pas de tournevirer, c'est rigolo ! Depuis un moment, j'entends les voix de trois cyclistes qui me rattrapent petit à petit. Inscrits sur le BAC, ils viennent de partir tout reposés. Ils me dépassent à l'entrée d'Albiez le jeune où deux ou trois voitures chargés de vélo et de cyclistes attendent ceux qui pédalent. Ils doivent réaliser le BAC en relais ! C'est pas con en fait !
Je m'arrête car mon portable vient de vibrer. Un message de Myriam et Coline. Parties à 10h00 de Bourg d'Oisans pour aller voir le Galibier, elles se sont perdues dans la montagne. Snifff ! Elles sont à L'Alpe d'Huez après avoir découvert les Balcons de l'Armentier ! "Comment fait-on pour aller au Col de la Croix de Fer, lieu de notre rendez-vous ?" Je joue donc au GPS expliquant la route à Coline qui répéte tout à sa mère. "Mais où êtes-vous ? On sait pas ! C'est pas écrit !" Je reste zen mais la situation cocasse me stresse tout de même. Je repars énervé ce qui m'avantage sur les faux plats qui conduisent à Albiez le Vieux.
Albiez le Vieux est vraiment alerte à coté du Jeune. Beaucoup de monde, une foire, des vélos dans tous les sens, un groupe folklorique. C'est la vraiement foire ! Une bénévole se précipite et me crie : "à gauche, le col à deux kilomètres.
- Le col, quel col ?
- Le Mollard...
- Ah bon, déjà !
- Et il y a le ravitaillement surprise"
Je suis désorienté imaginant une longue route entre Albiez le Vieux (qui s'amuse) et le Col du Mollard. J'ai confondu avec la route entre Albiez le Vieux et St Jean de Maurienne. Et bien, c'est tant mieux ! Me voici au ravitaillement surprise ou secret comme c'était inscrit sur la feuille de route. Grignotage, glouglou et je m'en vais vers la difficulté suivante : The Iron Cross ! Et ça, ça me fait peur ! Pour le moment, je descends le col du Mollard. Seul, je maîtrise bien mes trajectoires. Le revêtement routier est toujours aussi désagréable, ça secoue et il faut bien regarder où on place sa roue avant. J'arrive au pont de Belleville (mais y a pas les Triplettes) et tourne à gauche en direction de Saint Sorlin d'Arves. La montée n'est pas si terrible, j'avance d'un bon train. C'est fun !
Un gros 4x4 belge, aux pneus hyper larges, assiste père et fils qui grimpent vers la Croix de Fer. On fait quelques kilomètres, on charge dans la voiture, on fait quelques kilomètres, on décharge, on pédale, on charge, on décharge, on pédale et tout ce cirque jusqu'au sommet de la Croix de Fer... N'importe quoi !
Vraiment n'importe quoi ! (http://www.agoravox.fr pour la photo...)
Déjà Saint Sorlin ! La pente s'intensifie, c'est du Hors Catégorie, ce truc.
J'ai trop chaud. Pourtant, je ressemble à un chameau avec toutes les poches remplies de mon bardas. Arrêt en sortie du village pentu pour téléphoner à Myriam et Coline avant de déclencher une
RPE (Recherche de Personnes Egarées). Ouf, elles sont dans la montée du col de mon coté. Bonne idée, je vais m'alléger... Normal, non ! C'est chose faite. Les poches ont dégonflé.
J'arrive au dernier ravitaillement. Un joyeux bordel. Je pointe et me dirige vers le miam des BRA (les BAC ayant un plateau repas). Je vise un tas de morceaux de fromage de Beaufort. Oh, My
God, a good french cheese, yes ! Je me sers et j'entends..."le fromage est réservé aux BAC uniquement...
- ça tombe bien, je suis de la BAC (Brigade Anti Criminalité) et j'enquête sur des cas de dopage au fromage de Beaufort fabriqué avec du lait de vache tarine. Parait que tous ces cyclotouristes joyeux sont chargés au beaufort !"
Photo issue du site
www.visoterra.com. Merci !
Déjà, vous devez savoir que les producteurs Savoyards des gens fiers de leur fruit rare issu d'un savoir-faire paysan : Le Beaufort, le Prince des fromages, haut en Saveurs du Terroir... Et quand vous mangez un aliment, il est primordial d'y associer un pays et des paysans. Avec le Beaufort, vous fermez les yeux et vous survolez les Montagnes de Savoie...
Le Beaufort, fromage à pâte pressée cuite, est reconnu Appellation d'Origine Contrôlée depuis 1968.
Son Aspect
. Meule de 20 à 70 Kg (donc, vous ne pouvez manger une meule comme on mange un babybel mais c'est meilleur que le babybel...)
. 11 à 16 cm de hauteur, diamètre de 35 à 75cm
. Talon concave
. Pâte lisse de couleur ivoire à jaune pâle
. L'extrait sec est de 61 % et la matière grasse de 48 % minimum.
Son Origine géographique
La zone de fabrication couvre les vallées du Beaufortain, de la Tarentaise, de la Maurienne et d'une partie du Val d'Arly, soit 450 000 hectares sur les 630 000 de la Savoie. Cette zone se
caractérise par de vastes surfaces d'alpage, comparables à celles de l'Isère et de la Haute-Savoie réunies.
Sa Qualité organoleptique
Très apprécié pour son parfum fruité et son onctuosité, le Beaufort est un fromage au goût typé, sans pour autant être fort.Ces qualités ont été consacrées par une médaille d'or de la catégorie "gruyères" en 1992 lors des Käsiade en Autriche, face à des fromages suisses, allemands, autrichiens... C'est pour dire !
Pour en savoir plus : http://www.fromage-beaufort.com
Fin de la pause... On pédale maintenant et on se tait !
Et c'est reparti en direction du sommet tout proche. Je suis en forme mais moins que les deux jeunes cyclos qui viennent de me doubler. Ils sont partis de Vizille à 05h30 et sont déjà la. L'un d'eux avoue être fatigué ! Je stoppe au sommet où les touristoautomobilistes font n'importe quoi. Il convient d'être prudent pour ne pas être écrapouti par ces conducteurs étourdis et agressifs. Je m'habille tout de même : manchettes, gilet fluo homologué qui sert de coupe-vent et une page de Nice-Matin, ça change du Dauphiné...
J'avoue avoir apprécié le Col de la Croix de Fer de ce coté. Paysages magiques, montée dure mais largement faisable... Cool, vraiment cool !
Descente sur Allemont. L'effort est moindre puisque je descends un court moment. Au bord du Lac, la route remonte. Les deux jeunes cyclos de tout à l'heure me doublent encore (Ils font beaucoup de pauses). La pente les ralentit fortement mais ils basculent de l'autre coté et je les perds, un véhicule d'assistance de cyclotouristes s'intercalant. Evidemment, il accélère légèrement dans les lignes droites et ralentit dans les virages. Je mets mon clignotant et pointe le nez, il me fait signe de passer. Je double et rattrape Myriam qui descend plus vite. Je me cale derrière la voiture et descend, descend à vive allure vers le mur d'un kilomètre (avant le Rivier d'Allemont) qui fait très mal aux pattes ! Voila le mur, je tombe la chaîne sur le 34. Je vise mal et ça passe à coté. Le bel élan est cassé... Arrêt, puisque y a plus de chaîne et quand y a pas chaîne, y a pas de plaisir... Je répare et repars ! Un kakou local, de sortie dominicale, me double et se rabat sur ma roue avant. Je l'évite de peu. Je râle mais il est malentendant. Maintenant, il ralentit, je dépasse et bien sur, il s'accroche. Le pauvre ! Grrrr, Wahourrrr, srlup !
Descente sur Vizille. Après le Rivier, je poursuis ma route pratiquement seul jusqu'à Vizille. Enfin, j'accroche un groupe de jeunes cyclos un peu accordéonistes, il suffirait de prendre des relais. La manoeuvre d'une voiture klaxonnant m'oblige à ralentir et je perds ces jeunes gens. Fait pas bon veillir ! Le vent ajouté à la fatigue m'empêche de raccrocher. Alors, j'avance seul jusqu'à Vizille. Dans la dernière ligne droite, j'accélère comme un fou pour faire passer une grosse brûlure soudaine sous le pied droit, moins je pédale, plus ça brûle. Alors, j'appuie. Cette attitude surprend un cyclotouriste mais tant pis !
C'est fini. snifff ! Je confie le vélo à Coline et m'en vais annoncer mon arrivée. J'ai droit à un beau diplôme et à un super cadeau : un calendrier pour nous rappeler le rendez-vous de 2011.
PS : J'oubliai deux brêves de cyclos :
Je me souviens avoir proposé au club, auquel j'appartenais, une participation au BRA 2007. Personne n'était intéressé. Un des cyclo, autoritariste, me dit :
"Tu veux faire le BRA. Ce sera très dur. Tu n'es pas habitué à rouler en altitude et il y a moins d'oxygéne donc tu ne peux pas y aller comme ça sinon c'est l'échec assuré...
- Ah, que dois-je faire ?
- Passer au moins une bonne semaine en altitude avant"
Le même alors que j'étrennais fièrement, à l'époque, mon nouveau vélo Bianchi :
"C'est pas le vélo qui fait l'homme"
Valloire et le Télégraphe. Trop concentré sur mon pilotage et le
cerveau congelé, je profite peu du paysage.
A Aurel, mes assistantes sont la. Je bois un coca et un yop. Je grignotte
une bricole afin de faire passer cet écoeurement. Je m'inquiète déjà tout en reprenant la route. Un grand randonneur m'a dépassé lors de mon arrêt. Il est devant, ça me tire mais je ne cherche
pas à le rattraper. Effort inutile à mon goût d'autant que le vent, bien présent, ralentit notre progression vers le Verdon. Myriam me double dans Banon et oublie de tourner à droite. Je pars à
sa poursuite et arrive à l'arrêter. Le conducteur d'une voiture équipé du logo RPE me dit que je me trompe et d'aller tout droit. Myriam hésite et je suis obligé d'ordonner séchement de faire
demi-tour et de me suivre laissant sur place le conducteur qui persiste à me convaincre d'aller tout droit.
Je roule derrière Pascal et le Toucan autrichien télévisé jusqu'à Aiguines.
Pégase déraille. Quand j'arrive Vénier est reparti. Je suis encore obligé de boire un peu de coca pour faire disparaître cet écoeurement pénible. Après une banane appréciée, je repars.
Pégase décide de m'ennuyer en déraillant encore. Je remet tout en place et regarde autour de moi. Ben merde, c'est pas la bonne route ! Je ne sais plus où je suis ! Demi-tour et je me
retrouve. J'ai perdu une demi-heure et un grand nombre de cyclos sont passés dont Dominique Briand. Je suis vexé et pas très bien, toujours inquiet de mes
A Trigance, je met mon pyjama et mes lumières parce que la nuit s'approche et j'ai
peur du noir et des bêbêtes qui rodent. Patricia me double, puis je la double à mon tour puisqu'elle s'est arrêtée boire un café. J'arrive au croisement de la route des Crêtes sans trop
souffrir. Myriam confie notre rescapé aux organisateurs. Elle garde le vélo comme prise de guerre.
Eh oui, le
Y a des fois dans la vie où on ne se sent pas grand !
Sault n'a pas changé. Toujours aussi provençal. Nous nous métamorphosons en
cycliste et nous voila sur la route en direction d'Aurel. Immédiatement, je prends la pleine mesure du pédalage efficace de mon nouveau compagnon de route. Je suis le mouvement sans
difficulté tout en prenant conscience des résultats positifs de mes séances d'entraînement solitaires mais tout de même, je m'inquiète. Soudainement, Laurent s'écrit : c'est la à
droite. Et moi de penser : Ben merde, une belle rampe. J'arrive à tomber sur le petit plateau et me dresse pour escalader la courte mais raide montée.
La suite est bien moins accentuée. C'est plutôt valonné. Les montées restent
longues avec un pourcentage de pente qui permet de rester sur le grand plateau. D'ailleurs, nous sommes sur le plateau de l'Albion, perforé de trous cachant, autrefois, les ogives nucléaires
garantes d'une paix mondiale. Nous traversons Saint Trinit, Revest du Bion et Banon, pays d'un bon fromage de brebis et aussi localité dans laquelle nous nous égarons un
court moment. Je profite de cet arrêt pour téléphoner à Myriam disparue dans la belle campagne. Personne ne répond. Bizzare. Je rappelle après une fois Saint Michel l'Observatoire dépassé.
Surprise ! Myriam est devant nous sur la route de Manosque garée à l'ombre. Moa pas comprendre et en plus nous arrivons à Manosque avant elle !
Et c'est parti pour le tour des Gorges du Verdon dans le noir
évidemment. C'est une première pour moi de rouler sans rien voir. Complètement endormi, je n'éprouve rien de particulier. Une chose certaine : j'étouffe parce que je me suis équipé comme en hiver
avec en plus, le fameux gilet jaune réglementaire dans lequel on pourrait mettre deux mecs de mon gabarit. La route montante jusqu'à Aiguines est charmante dans la nuit. On s'arrête et je
quitte mon cache-nez en polaire et le cache-oreilles, j'entends mieux.. Nous reprenons notre ascension vers le Col d'Illoire qui ne restera qu'une illusion puisque je ne souviens pas y
être passé ! Après quelques montagnes russes, nous arrivons sur le plateau et débusquons moult chevreuils. (J'en attrape un et le range dans le bag pour mon quatre heures). Nous passons
la Corniche Sublime. C'est vrai, c'est sublime ici. Le jour se léve et je me murmure : t'as vu, c'est géant. J'aperçois en face la route que nous emprunterons dans un moment.
Celle qui mène au Point Sublime puis au Belvédère de la Maline. Pour le moment, nous traversons le pont de l'Arturby et nous nous dirigeons vers Trigance. Un village pour qui
j'ai un faible. Au loin, ça tonne mais ce n'est pas le tonnerre. Ce sont les canonniers de Canjuers qui font les malins un premier mai. Et voila Trigance, Laurent cyclo-reporter dégaine son
appareil photo et clic ! Je reste sans voix, ce village me parle, allez savoir pourquoi !
Le voila enfin, ce compte-rendu relatant ma participation à la Scott
-1000 Bosses. Ma seconde cyclosportive de l'année 2009. Pourtant, à la lecture de l'article sur la
