Challenges

Vendredi 24 juillet 2009
Episode Two :

Croix de Fer, Croix de Bois mais pas l'Enfer !

Après le plateau miam si désiré de Saint Michel de Maurienne, je poursuis mon chemin de croix (de fer) cycliste. De nombreux cyclistes sont arrêtés au bord de la route, perdus ! "Où est donc la route, c'est mal fléché ! C'est mal organisé, Grrrr !" Je file tout droit en indiquant la direction mais personne ne suit. Pas confiants, les mecs ! C'est vrai qu'avec mon physique imposant et mon agressivité naturelle, j'impressionne !

Villarsgondran. J'entame la longue montée sur Alviez le Jeune. Une cinquantaine de virages. Deux cyclos me doublent avec efficacité. Le premier, tout jeune, s'envole. Le second, plus vieux, reste un grand moment devant moi et disparait totalement à la sortie d'un virage, incroyable.  Je contente de mon coup de pédale sûr mais pas assez léger dans les forts dénivelés. C'est chiant tout de même. Cette route boisée protège avantageusement le cycliste de la chaleur. Et un virage, et un autre, et encore un autre, ça n'arrête pas de tournevirer, c'est rigolo ! Depuis un moment, j'entends les voix de trois cyclistes qui me rattrapent petit à petit. Inscrits sur le BAC, ils viennent de partir tout reposés. Ils me dépassent à l'entrée d'Albiez le jeune où deux ou trois voitures chargés de vélo et de cyclistes attendent ceux qui pédalent. Ils doivent réaliser le BAC en relais ! C'est pas con en fait !
Je m'arrête car mon portable vient de vibrer. Un message de Myriam et Coline. Parties à 10h00 de Bourg d'Oisans pour aller voir le Galibier, elles se sont perdues dans la montagne. Snifff ! Elles sont à L'Alpe d'Huez après avoir découvert les Balcons de l'Armentier ! "Comment fait-on pour aller au Col de la Croix de Fer, lieu de notre rendez-vous ?" Je joue donc au GPS expliquant la route à Coline qui répéte tout à sa mère. "Mais où êtes-vous ? On sait pas ! C'est pas écrit !" Je reste zen mais la situation cocasse me stresse tout de même. Je repars énervé ce qui m'avantage sur les faux plats qui conduisent à Albiez le Vieux.



Albiez le Vieux est vraiment alerte à coté du Jeune. Beaucoup de monde, une foire, des vélos dans tous les sens, un groupe folklorique. C'est la vraiement foire ! Une bénévole se précipite et me crie : "à gauche, le col à deux kilomètres.
- Le col, quel col ?
- Le Mollard...
- Ah bon, déjà !
- Et il y a le ravitaillement surprise"

Je suis désorienté imaginant une longue route entre Albiez le Vieux (qui s'amuse) et le Col du Mollard. J'ai confondu avec la route entre Albiez le Vieux et St Jean de Maurienne. Et bien, c'est tant mieux ! Me voici au ravitaillement surprise ou secret comme c'était inscrit sur la feuille de route. Grignotage, glouglou et je m'en vais vers la difficulté suivante : The Iron Cross ! Et ça, ça me fait peur ! Pour le moment, je descends le col du Mollard. Seul, je maîtrise bien mes trajectoires. Le revêtement routier est toujours aussi désagréable, ça secoue et il faut bien regarder où on place sa roue avant. J'arrive au pont de Belleville (mais y a pas les Triplettes) et tourne à gauche en direction de Saint Sorlin d'Arves. La montée n'est pas si terrible, j'avance d'un bon
train. C'est fun !
Un gros 4x4 belge, aux pneus hyper larges, assiste père et fils qui grimpent vers la Croix de Fer. On fait quelques kilomètres, on charge dans la voiture, on fait quelques kilomètres, on décharge, on pé
dale, on charge, on décharge, on pédale et tout ce cirque jusqu'au sommet de la Croix de Fer... N'importe quoi !

Vraiment n'importe quoi ! (http://www.agoravox.fr pour la photo...)


Déjà Saint Sorlin ! La pente s'intensifie, c'est du Hors Catégorie, ce truc. J'ai trop chaud. Pourtant, je ressemble à un chameau avec toutes les poches remplies de mon bardas. Arrêt en sortie du village pentu pour téléphoner à Myriam et Coline avant de déclencher une RPE (Recherche de Personnes Egarées). Ouf, elles sont dans la montée du col de mon coté. Bonne idée, je vais m'alléger... Normal, non ! C'est chose faite. Les poches ont dégonflé. J'arrive au dernier ravitaillement. Un joyeux bordel. Je pointe et me dirige vers le miam des BRA (les BAC ayant un plateau repas). Je vise un tas de morceaux de fromage de Beaufort. Oh, My God, a good french cheese, yes ! Je me sers et j'entends...

"le fromage est réservé aux BAC uniquement...
- ça tombe bien, je suis de la BAC (Brigade Anti Criminalité) et j'enquête sur des cas de dopage au fromage de Beaufort fabriqué avec du lait de vache tarine. Parait que tous ces cyclotouristes joyeux sont chargés au beaufort !"

Photo issue du site www.visoterra.com. Merci !

Comment reconnaitre ce produit dopant à consommer sans modération ? Je vous en dis quelques mots, c'est la pause gastronomique culturelle...


Déjà, vous devez savoir que les producteurs Savoyards des gens  fiers de leur fruit rare issu d'un savoir-faire paysan : Le Beaufort, le Prince des fromages, haut en Saveurs du Terroir... Et quand vous mangez un aliment, il est primordial d'y associer un pays et des paysans. Avec le Beaufort, vous fermez les yeux et vous survolez les Montagnes de Savoie...

Le Beaufort, fromage à pâte pressée cuite, est reconnu Appellation d'Origine Contrôlée depuis 1968.

 

Son Aspect

. Meule de 20 à 70 Kg (donc, vous ne pouvez manger une meule comme on mange un babybel mais c'est meilleur que le babybel...)

. 11 à 16 cm de hauteur, diamètre de 35 à 75cm
. Talon concave
. Pâte lisse de couleur ivoire à jaune pâle
. L'extrait sec est de 61 % et la matière grasse de 48 % minimum.


Son Origine géographique
La zone de fabrication couvre les vallées du Beaufortain, de la Tarentaise, de la Maurienne et d'une partie du Val d'Arly, soit 450 000 hectares sur les 630 000 de la Savoie. Cette zone se caractérise par de vastes surfaces d'alpage, comparables à celles de l'Isère et de la Haute-Savoie réunies.


Sa Qualité organoleptique

Très apprécié pour son parfum fruité et son onctuosité, le Beaufort est un fromage au goût typé, sans pour autant être fort.Ces qualités ont été consacrées par une médaille d'or de la catégorie "gruyères" en 1992 lors des Käsiade en Autriche, face à des fromages suisses, allemands, autrichiens... C'est pour dire !


Pour en savoir plus : http://www.fromage-beaufort.com



Fin de la pause... On pédale maintenant et on se tait !

Et c'est reparti en direction du sommet tout proche. Je suis en forme mais moins que les deux jeunes  cyclos qui viennent de me doubler. Ils sont partis de Vizille à 05h30 et sont déjà la. L'un d'eux avoue être fatigué ! Je stoppe au sommet où les touristoautomobilistes font n'importe quoi. Il convient d'être prudent pour ne pas être écrapouti par ces conducteurs étourdis et agressifs. Je m'habille tout de même : manchettes, gilet fluo homologué qui sert de coupe-vent et une page de Nice-Matin, ça change du Dauphiné...
J'avoue avoir apprécié le Col de la Croix de Fer de ce coté. Paysages magiques, montée dure mais largement faisable... Cool, vraiment cool !

Descente sur Allemont. L'effort est moindre puisque je descends un court moment. Au bord du Lac, la route remonte. Les deux jeunes cyclos de tout à l'heure me doublent encore (Ils font beaucoup de pauses). La pente les ralentit fortement mais ils basculent de l'autre coté et je les perds, un véhicule d'assistance de cyclotouristes s'intercalant. Evidemment, il accélère légèrement dans les lignes droites et ralentit dans les virages. Je mets mon clignotant et pointe le nez, il me fait signe de passer. Je double et rattrape Myriam qui descend plus vite. Je me cale derrière la voiture et descend, descend à vive allure vers le mur d'un kilomètre (avant le Rivier d'Allemont) qui fait très mal aux pattes ! Voila le mur, je tombe la chaîne sur le 34. Je vise mal et ça passe à coté. Le bel élan est cassé... Arrêt, puisque y a plus de chaîne et quand y a pas chaîne, y a pas de plaisir... Je répare et repars ! Un kakou local, de sortie dominicale, me double et se rabat sur ma roue avant. Je l'évite de peu. Je râle mais il est malentendant. Maintenant, il ralentit, je dépasse et bien sur, il s'accroche. Le pauvre ! Grrrr, Wahourrrr, srlup !

Descente sur Vizille. Après le Rivier, je poursuis ma route pratiquement seul jusqu'à Vizille. Enfin, j'accroche un groupe de jeunes cyclos un peu accordéonistes, il suffirait de prendre des relais. La manoeuvre d'une voiture klaxonnant m'oblige à ralentir et je perds ces jeunes gens. Fait pas bon veillir ! Le vent ajouté à la fatigue m'empêche de raccrocher. Alors, j'avance seul jusqu'à Vizille. Dans la dernière ligne droite, j'accélère comme un fou pour faire passer une grosse brûlure soudaine sous le pied droit, moins je pédale, plus ça brûle. Alors, j'appuie. Cette attitude surprend un cyclotouriste mais tant pis !
C'est fini. snifff ! Je confie le vélo à Coline et m'en vais annoncer mon arrivée. J'ai droit à un beau diplôme et à un super cadeau : un calendrier pour nous rappeler le rendez-vous de 2011.

MOA CONTENT !

Retour à la tanière du NordIsère comme co-pilote... Le mini-tigre arrive complètement difforme, genre éléphant-cat... Un énorme abcès à la joue droite et un croc cassé, pauvre félin... Demain, nous irons donc à l'hôpital des bêbêtes, mes talents empiriques de vétérinaire étant insuffisants dans cette situation...


PS : J'oubliai deux brêves de cyclos :

Je me souviens avoir proposé au club, auquel j'appartenais, une participation au BRA 2007. Personne n'était intéressé. Un des cyclo, autoritariste, me dit :

"Tu veux faire le BRA. Ce sera très dur. Tu n'es pas habitué à rouler en altitude et il y a moins d'oxygéne donc tu ne peux pas y aller comme ça sinon c'est l'échec assuré...
- Ah, que dois-je faire ?
- Passer au moins une bonne semaine en altitude avant"




Le même alors que j'étrennais fièrement, à l'époque, mon nouveau vélo Bianchi :

"C'est pas le vélo qui fait l'homme"



Remarque : Oui, je sais, y a pas de photos... J'ai oublié l'appareil. Eh oui, rouler seul tape sur le système (une autre brêve), quel système ? d'exploitation, métrique, solaire ?







Par Michel
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Mardi 21 juillet 2009
Un autre petit challenge...
Clic sur l'image pour accéder à la page Challenge "Le BRA 2009" (aspect technique). Ici, je raconte la journée...


Episode One :

de Vizille à Saint Michel via les cols du Lautaret et du Galibier



♣ Ah bon, déjà le BRA !


Le 10 juillet, je me souviens de mon inscription au Brevet de Randonneur des Alpes. Et m...., c'est dans 9 jours. Heureusement, j'avais anticipé le dur exercice de 225 km et 4800 mètres en me lançant à l'assaut du calvaire de Portes dans le Bugey tout proche. En trois semaines, Je grimpe trois fois le Calvaire à partir de Serrières de Briord pour revenir par Lhuis et le pont de Groslée. Toutefois, la dernière fois, j'allonge le circuit en basculant vers Conand et en remontant sur Ordonnaz via Arandaz. J'ajoute des petites sorties plus courtes entre ces ascensions bien en rythme avec plus ou moins de dénivelé. Cette préparation me semble trop courte mais mes autres activités professionnelles et familiales ne me permettent pas toujours de faire comme je le souhaiterai. Ensuite, il m'arrive aussi de ne pas avoir envie d'aller rouler, tout simplement.

Le 14 juillet, je bricole à l'extérieur de la maison sous un ciel gris. Je ne méfie pas et me retrouve rouge écrevisse avec un bon mal de tête. Je suis KO les trois jours suivants puisque je ne dors  pas malgré l'épaisse couche de biafine sensée me soulager. Impossible de sortir de la maison, je ne supporte plus la chaleur. Je m'inquiète pour le BRA et voila que la météo annonce une belle dégradation. La motivation se transforme en démotivation alors je traîne sur les blogs cyclistes connus et découvre le dernier article de Patricia qui conte sa RATA. L'effet est positif... je prépare mes affaires et pourtant, je me sens si fatigué ce n'est rien, y a pire  ! Sur trois nuits, j'ai dormi une dizaine d'heures ! Et puis, le BRA dans ce sens (Lautaret, Galibier, Croix de Fer) me fout vraiment la trouille !

♣ Un pseudo dodo à Vizille

Samedi 18 juillet, 16h00. Nous partons pour Grenoble. J'ai réservé deux chambres au Lycée Professionnel de Vizille auprès du CT Grenoblois. Je pourrai au moins dormir puisque je prends le départ à 3 heures pour finir le plus tôt possible. L'accueil des bénévoles du CT est formidable, (dommage que certains cyclistes soient si désagréables avec ces gens.) Une fois, les questions administratives réglées, nous allons déposer nos affaires dans nos chambres d'étudiants et Pégase dans l'écurie. A la grande joie de ma fille, nous découvrons une télé entreposée dans une de nos chambres. Malheureusement, il n'y a pas de prise d'antenne. Je solutionne le problème en utilisant ma montre en guise d'antenne. Coline peut donc regarder Fort Boyard avec deux ex-coureurs cyclistes : Jalabert et Virenque. Quant à moi, je vais me coucher dans ma petite chambre. Impossible de dormir, les cyclistes voisins sont si bruyants. Je me lève à une heure et me prépare lentement. La question est toujours la même : comment s'habiller ? Un sous vêtement Kraft, le maillot Gore fétiche, le gilet réglementaire, deux feuilles de journal (Le Dauphiné), les manchettes et les genouillères (Btwin) pour compléter le cuissard court (Assos). Dans les poches, un imperméable Jeantex qui devrait me protéger du froid en haut du Galibier puis sa descente.

♣ Objectif premier : Saint Michel de Maurienne via la face Sud du Galibier !

Dimanche 03h00. Le groupe de cyclistes joyeux s'en va en direction de Bourg d'Oisan. Il ne fait vraiment pas chaud. Je ne regrette pas mon journal. Nous montons d'un train raisonnable mais le groupe se disloque assez rapidement. Suite à un arrêt pipi, je me retrouve seul entre Bourg d'Oisan et le Lac Chambon, lieu du premier casse-croûte. De nombreux cyclistes sont à ce premier ravitaillement. Les bénévoles sont surpris, ils ne nous attendaient pas si tôt. J'aperçois une petite dame qui moulinait allégrement sur un titane Seven en grande discussion avec son époux qui l'assiste en automobile. Je grignote convenablement et repars. Je constate une bonne forme. Aucun signe de fatigue et je suis rassuré. Je grimpe d'un bon train (enfin, mon train) en direction du Col du Lautaret.  Le jour se lève et laisse deviner les montagnes de la Meije sur ma droite.  C'est beau ! Je rattrape la petite dame qui m'interpelle :
" Vous avez aussi un Seven.
- non, Madame, il s'agit d'un CMT banalisé.
- mais c'est un titane.
- oui
- alors, entre titane, on peut s'entendre.
- c'est à dire ? (sur un ton surpris)
- je peux me mettre dans votre roue ?
- si vous le souhaitez..."

Et la petite dame se place dans ma roue. Mais je devine sa difficulté à suivre. Galant, je ralentis mais à contrecoeur. Heureusement, nous rattrapons un petit groupe, ce qui me permet de la confier aux trois messieurs. En fait, j'ai fait comme Contador, droit sur les pédales, j'ai foncé vers l'arrivée. Personne n'a suivi ! Facile !

Le Lautaret et le Galibier. Je suis bien content d'y être, complètement rassuré. Je m'étais imaginé que la longue grimpette de presque soixante kilomètres seraient plus difficiles. J'entame immédiatement le Galibier.  La montagne nous domine de toute sa masse. Je ne l'ai jamais gravi sur cette face. Je monte convenablement à mon goût. Devant moi, un cyclo fait des prouesses. Je suis admiratif devant sa facilité. Aussi, j'essaie d'imprimer davantage de rythme jouant des pignons et me dressant sur les pédales en fonction des degrés de pente et du vent pénible. J'arrive au ravitaillement installé sous le restaurant et non au sommet enneigé.  L'accueil est fort agréable. Il y a peu de cyclos.

Arrivée au Galibier (photo CTG)

Suis-je devant, au milieu ou derrière le peloton parti à trois heures ? Je ne sais pas.  Après avoir grignoté  et renseigné un curieux qui souhaitait connaître la marque de Pégase, j'escalade les derniers mètres si difficiles du Col. La neige borde la route, presque 20 centimètres. Enfin le Col sans son troupeau de touristes habituels. Il est trop tôt et ahglagla ! Je ne m'arrête pas et me lance dans les seize kilomètres de descente sur Valloire.

Retour dans le temps, 1929...aujourd'hui, le blockhaus est en ruine...

Entre Lautaret et Galibier mais en Aout 2008 (Photo Coline MM'S Fun Team Cyclo)

Valloire et le Télégraphe.
Trop concentré sur mon pilotage et le cerveau congelé, je profite peu du paysage.
Je rattrape deux cyclistes. Mais c'est la petite dame ! Incroyable, comment a-t-elle fait pour être devant ? Sûrement un sacré effort... Dans la ligne droite avant Valloire, j'accélère comme un fou pour me réchauffer et double les deux vélos. Le cyclo se place dans ma roue puis s'accroche comme un diable alors que nous grimpons le Télégraphe. Je n'ai pas envie de le laisser passer, il fallait le faire sur le plat. Ben, oui, c'est  comme ça. Il cherche à me dépasser, il veut y arriver, je le devine. Il lâche soudainement. Quant à la petite dame : perdue aussi.
Je bascule sur Saint Michel de Maurienne. Un cycliste doublé dans l'ascension du Galibier me dépasse. Un sacré descendeur, je n'arrive pas à suivre et me fais peur avec quelques erreurs de trajectoires. Je me refuse de prendre des risques ridicules. La route n'est pas en sens unique !

A Saint Michel, c'est le gros miam. Les seuls cyclos présents sont les inscrits au BAC (BRA en deux jours) qui pointent au départ de leur deuxième étape. Je cherche avec quelques autres cyclos BRA le gros miam. Enfin, nous trouvons le lieu mais pas les bénévoles, ni les plateaux repas. Une courte attente pour les bénévoles et une grosse attente pour le repas. Nous attendrons une grosse demi-heure et ça râle fort pour certains malveillants... Au moment où je me décide à partir, le traiteur arrive. Donc, je mange et repars après une longue pause d'une heure et quinze minutes. Le parcours longe l'horrible vallée avant de prendre la direction de Villarsgondran et Albiez le Jeune ! La pente qui s'annonce m'inquiète...

La suite, clic ici




Par Michel
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Mercredi 3 juin 2009
Résumé de l'article précédant "le RPE, c'est déjà fini"  :

Les 30 et 31 mai 2009, je participe à mon premier Raid Provence Extrême... soit 585 km, 9450 mètres de dénivelé positif parcourus en 31 heures et 11 minutes !

Après trois jours de maturation, voici le récit de ce moment magique...



Mardi 02 Juin 2009 - 6h30 -

Au volant du Citroën Jumpy aux couleurs du Centre de formation dans lequel je travaille, je quitte le pays du NordIsère pour m'en aller vers celui du Reblochon. Ma fille a oublié dans le lecteur CD la bande originale du film Moulin Rouge avec Nicole Kidman. J'écoute attentivement mais mes pensées restent encore provençales. Soudainement, je sens une intense émotion m'envahir. Les larmes aux yeux, je commence à mesurer l'importance du week-end dernier dans ma vie de cycliste, dans ma vie tout court !
Arrivé au travail, je m'extirpe lentement de la voiture, prenant soin de mon fessier endolori par les 31 heures et 11 minutes de vélo non stop des samedi 30 et dimanche 31 mai 2009. Je rentre dans la salle à manger du personnel. Tous les yeux de l'équipe pédagogique me regardent intensément. Ils ne disent mots et moi, je savoure particulièrement ce moment :

Putain con, je l'ai fait ce RPE !


Samedi 10 mai 2008 - 14h00 environ -

Après être parti de Bédoin, puis de Malaucène, j'escalade pour la troisième et dernière fois le Ventoux à partir de Sault. Dans un virage, je croise Hugues Rico engagé sur le RPE 2008. Nous nous connaissons virtuellement via nos blogs respectifs. C'est à ce moment précis qu'une Impétueuse Envie secoue tout mon moi : l'année prochaine, tu seras ici mais inscrit au RPE !
Aussi, mes deux grands challenges 2008 (La Lyon Mont Blanc et Thonon-Menton par la route des Grandes Alpes) deviennent les étapes nécessaires à la construction de ce grand projet personnel que devient le RPE 2009. Il est impératif d'apprendre à mieux pédaler  surtout sur des distances plus longues afin d'avancer plus vite, surtout dans les parties montantes.
En décembre 2008, je m'inscris au RPE. Les dés sont jetés. Je ne peux plus reculer alors j'entame une préparation "made in MM'S Fun Team Cyclo" très teintée de conseils d'un expert en ultra cyclsime si généreux.
Si vous êtes un lecteur assidu de ce blog, vous savez que cette préparation est passée par des moments de doute intense qui se sont estompés, petit à petit, au profit d'une sérénité incroyable pour la personne plutôt stressée que je peux être.

Vendredi 29 mai 2009 - 09h00 -

Le véhicule convenablement chargé et rangé, les trois membres du MM'S Fun Team Cyclo quittent leur repaire pour Saint Rémy de Provence, laissant derrière eux le féroce tigre miniature missionné pour écarter du dit repaire tout animal de tous poils ou tous plumages et ramages.

Il manque le gyrophare, promis, y en aura un l'année prochaine !

L'autoroute nous conduit directement à notre premier sympathique lieu de vigiliature. Si les deux assistantes du Team préférent la piscine, le futur grand randonneur opte pour une sieste réparatrice mais aussi préparatoire à la longue séance cycliste du lendemain. Après donc, un court dodo, nous faisons la connaissance d'Anne et Mark Haycraft mais aussi de Giancarla Agostini. Arrivent ensuite Laure et Hugues Rico que nous n'avions pas vu physiquement depuis la soirée de présentation de la RAAM de Dominique Briand. Je suis très heureux de les revoir d'autant que si je suis engagé sur ce RPE 2009, c'est bien grâce à... ou à cause de Hugues ! En mon fort intérieur, je me sens tout petit devant ces cyclistes déjà rompus à l'ultra. C'est comme si je frappais à la porte du monde des ultras et demandais :

 "S'il vous plait, puis-je entrer ?
- Evidemment, entrez, mais faites aussi vos preuves."


L'accueil des organisateurs du RPE est vraiment convivial. Patrick François me tutoie immédiatement et m'appelle par mon prénom. Je me sens alors encore plus à l'aise dans cette communauté cycliste. Je rencontre  Pascal Lacarin et son chef assistant (pardon, je ne me souviens pas de son prénom), Pascal Bride  (que je connaissais de nom) puis Dominique Briand et enfin Patricia Berthelier. Et c'est l'heure du briefing. J'écoute attentivement toujours très zen. Je me surprend. Retour au bercail temporaire, miam et dodo puisque l'aspect logistique a été réglé dans l'après-midi. Les (trop gros) cartons de miam pour la nuit sont déposés auprès des organisateurs et tout le reste est bien rangé dans la pratique automobile.

Photo de Pascal Bride

Spécial logistique...

Avant de conter ces extraordinaires trente une heures et onze miniutes passées sur Pégase (vous êtes impatients ?), je tiens à expliquer l'organisation mise en oeuvre. Ma première idée était de m'engager dans la catégorie Ultra, peut-être par l'aspect sérieux que peut laisser une voiture suiveuse équipée d'un gyrophare. Mais au regard de ma vitesse moyenne d'avancement, il m'a semblé plus sérieux d'être dans la catégorie Grand Randonneur. Toutefois, je savais qu'il était autorisé de retrouver ses accompagnateurs aux divers postes de contrôle. Aussi, il était convenu que mes assistantes me précéderaient tout au long du jour et m'abandonneraient à mon triste sort pendant la nuit afin d'aller faire dodo dans un camping. Vous verrez plus loin que cette organisation a été réajustée au cours du périple.
Il est aussi important de vous annoncer le contenu des cartons :
- des yaourts à boire
- des petits pains au lait au kiri ou fromage de biquette
- des sandwichs pain de mie et jambon
- de la poudre Maxim goût exotic et malto
- de la poudre Décathlon goût menthe (ça me sauvera)
- une petite canette de coca-cola
- de l'eau à bulles
- des barres de céréales.
J'avais laissé de coté la choucroute, le cassoulet et le couscous trop lourd à digérer. Toutefois, en cas de grosse fringale, je pensais pouvoir attraper un chevreuil du Verdon comme le jour de la reconnaissance.
Enfin, j'étais équipé de mon téléphone portable avec oreillette et de l'ipod de ma fille qui, en échange, a négocié un ipod rose bien plus mieux !

Samedi 30 mai 2009 - 08h30 - Bédoin sous Ventoux

Après une bonne nuit, je m'équipe pour le départ. Encore une fois, je me trouve relativement serein même si je me suis un peu enervé au volant du Jumpy dans Cavaillon. J'ai horreur des déviations mal indiquées.
Je retrouve tout de suite Laurent Derain et son père venus assister au départ. C'est le même Laurent qui m'a aidé à repérer efficacement le parcours le week-end du 1er mai. Encore une fois, il m'encourage. Je discute avec Hugues qui m'annonce rouler "en tandem" avec Laure, son épouse. Ils ont si raison. Leur complicité de couple va se fondre encore davantage dans un moment cycliste si passionnel. Il est important de les laisser seuls.
Les Grands Randonneurs se regroupent pour le départ. Je suis aux cotés de Hugues et mon Pégase en stroumphnirium aux cotés du Road Burner si vert et si différent... Je suis toujours zen laissant paraitre aucune émotion... Et pourtant !

Spécial Ventoux

Je grimpe pour la quatrième fois de ma courte carrière cycliste le Ventoux via Malaucène. Jamais je n'ai doublé autant de cyclistes. C'est la queue de la cyclo La baume de Venise. Une dame demande à l'un de nous "vous êtes inscrits sur le 97 km". Il répond "non, le 600"... Je roule de concert avec Laure et Patricia. Toutefois, je ne suis pas très bien. Écoeuré, je pense avoir faim alors je miam un petit pain, puis un autre. Je bois mais ça ne me plait pas. La FC trop haute, je gère mal la montée et laisse partir Laure. Pourtant, j'arrive au sommet bien en jambes mais toujours écoeuré. Je perds du temps à m'habiller et descends sur Sault et Aurel. J'aperçois au loin le Team Rico.

Eh, le cyclo ! On ne drafte pas la Dame ! C'est interdit !

De Aurel à Valensol

A Aurel, mes assistantes sont la. Je bois un coca et un yop. Je grignotte une bricole afin de faire passer cet écoeurement. Je m'inquiète déjà tout en reprenant la route. Un grand randonneur m'a dépassé lors de mon arrêt. Il est devant, ça me tire mais je ne cherche pas à le rattraper. Effort inutile à mon goût d'autant que le vent, bien présent, ralentit notre progression vers le Verdon. Myriam me double dans Banon et oublie de tourner à droite. Je pars à sa poursuite et arrive à l'arrêter. Le conducteur d'une voiture équipé du logo RPE me dit que je me trompe et d'aller tout droit. Myriam hésite et je suis obligé d'ordonner séchement de faire demi-tour et de me suivre laissant sur place le conducteur qui persiste à me convaincre d'aller tout droit. (Photo de Marc Liaudon, à Aurel)
A partir de Banon, je roule seul avec mon écoeurement. Je grignote du solide et récupére un yop auprès de Coline à la sortie de St Michel l'Observatoire. Patrick François me double au volant de son auto de location. Pas loin de Manosque, à un "cedez le passage," il m'arrive un truc bizarre. Je laisse passer une automobile venant à ma gauche. La suivante met son clignotant droit et ralentit pour tourner à droite. Alors que je m'engage, la voiture accélère, fonce sur moi, s'écarte à gauche tout en freinant. Évidemment, je ne fais traiter de tous les noms d'oiseaux... Ai-je mal vu ? Peut-être !
A Manosque, je suis très prudent avec les chariottesmobiles. Je monte vers le plateau de Valensole bien moins rapidement que le jour du repérage. Le vent dans le nez, l'envie de vomir toujours sournoise. Enfin le second PC s'annonce. Le Jumpy est la. Coca, yop, eau gazeuse, sandwich au pâté. Je demande à Coline de vider mes bidons et de les remplir avec de l'eau et du produit Décathlon à la menthe. Un autocar arrive, il faut déplacer la voiture qui gène. Un passager descend et vient à ma rencontre : "alors, les Dronières, ça va". Ce sont des Hauts Savoyards mais sans reblochon. Un comble. Y a marre du kiri. Pascal Bride arrive et repart immédiatement. Normal, c'est un Ultra. Moi, je prends mon temps, suis un GR un peu grrrr à cause de mon état nauséeux !

Photo de Laurent Derain

Spécial : L'attaque du Toucan inversé

Et c'est reparti mon kiki !

Je vais plus ou moins mieux. L'écoeurement est moindre. Le produit décathlon passe bien ! Ouf, je suis soulagé (j'ai une boite de Maxim à vendre....). Un second ultra me dépasse. C'est Pascal Lacarin. Soudainement, juste avant Riez, un homme à la tête de toucan inversée me double. C'est Franz Venier. Un casque incroyable, une équipe de télévision pour lui tout seul. Un autre monde !

Je roule derrière Pascal et le Toucan autrichien télévisé jusqu'à Aiguines. Pégase déraille. Quand j'arrive Vénier est reparti. Je suis encore obligé de boire un peu de coca pour faire disparaître cet écoeurement pénible. Après une banane appréciée, je repars. Pégase décide de m'ennuyer en déraillant encore. Je remet tout en place et regarde autour de moi. Ben merde, c'est pas la bonne route ! Je ne sais plus où je suis ! Demi-tour et je me retrouve. J'ai perdu une demi-heure et un grand nombre de cyclos sont passés dont Dominique Briand. Je suis vexé et pas très bien, toujours inquiet de mes
nausées et d'une FC toujours trop importante et ça dure !

Les Gorges du Verdon by night

Je grimpe en direction de Trigance. A mon rythme, comme d'habitude. Je suis seul. Myriam et Coline ont décidé de m'accompagner, évitant ainsi de m'équiper pour la nuit. Je grimpe, je grimpe pas aussi vite que je le souhaiterai. Franchement, ça me gonfle ! Cyclo lent va lentement, trop lentement. Alors, je roule pour moi, occultant tous les autres. Inutile de penser que d'autres vont plus vite, c'est trop tard maintenant. Je pense à la descente des belvedéres qui se fera de nuit. Brrrrr ! Je décide d'écouter de la musique. L'esprit occupé, j'avance surement...
Myriam et Coline récupérent un pauvre GR totalement épuisé, blanc de sel. Je suis ennuyé pour lui. J'imagine ce que l'on peut ressentir lors d'un abandon. C'est un bon gars, il m'encourage !

A Trigance, je met mon pyjama et mes lumières parce que la nuit s'approche et j'ai peur du noir et des bêbêtes qui rodent. Patricia me double, puis je la double à mon tour puisqu'elle s'est arrêtée boire un café. J'arrive au croisement de la route des Crêtes sans trop souffrir.  Myriam confie notre rescapé aux organisateurs. Elle garde le vélo comme prise de guerre.
Avec la nuit, la nausée est partie comme me l'avait expliqué David. Je m'arrête dans la montée des belvéderes. Patricia est toute proche, je l'attends afin qu'elle puisse bénéficier de l'éclairage de la voiture dans la descente dangereuse. Thomas Bercarud nous rattrape et nous irons presque ensemble jusqu'à La Palud sur Verdon. Seul, un ultra nous dépassera. Quant à Pascal, il s'est arrêté au départ de la route des Crêtes. Ses assistants rangent le vélo. C'est dur ! Je compatis mais que dire en ce moment d'immense solitude du cyclo qui décide d'abandonner. Seul, le silence peut le reconforter.
Le PC de La Palud on the Verdonne is very beautiful by night. I drink a good tea et nous repartons, Patricia et moi. Sympa, elle m'a fourni un journal, histoire de mieux me protéger du froid et d'avoir de la lecture en cas d'attente. Myriam s'endort pour deux heures auprès du PC. Après le col d'Ayen où y a ien la nuit, nous basculons sur Moustier Sainte Marie endormi. Je pense à ma fille qui m'a fait remarquer ma demi-heure de retard sur mes prévisions. La demi-heure d'Aiguines ! Et merde, quel con !

De La Palud à Gréoux les bains

Patricia bataille avec son petit plateau. Impossible de l'utiliser. Je l'attends. A Puimoisson, elle s'arrête et me dit de poursuivre seul. J'irai donc en solitaire jusqu'à Valensole, appréciant fortement ce moment de solitude nocturne, enfermé dans ma si petite bulle accrochée au trait de lumière directionnel. Re PC de Valensole. Après avoir vérifié la roue arrière (dessérée à La Palud, ça touchait les patins !), je discute vélo avec David à une heure du matin ! Trop longtemps d'ailleurs. Ce sont les arrivées de plusieurs cyclos qui me secouent. Je m'en vais en direction de Gréoux Les Bains. Un Ultra me dépasse et me dit "Salut Michel". Je reste stupéfait car il m'est complétement inconnu. Je reste derrière lui laissant une bonne distance (no drafting) par principe. Un Ultra allemand nous double. Antony, l'Ultra lyonnais qui vient de me saluer, s'accroche. Je laisse partir mais les rattrape très vite dans le petit mur de Gréoux. Au sommet, ils partent à droite alors qu'il faut aller à gauche. Je les suis et les interpelle pour les ramener sur le bon chemin. Antony se place à ma gauche. Je demande : "tu me connais ? Oui, je suis fan de ton blog". Je reste stupéfait mais ça fait bien plaisir.

De Gréoux à Viens

Antony perd du terrain. Il fatigue. L'Allemand repasse devant mais je reste en embuscade. Enfin Pont Mirabeau. Je pense pouvoir accrocher le Germain, qui n'est pas mon cousin, dans les montées de Beaumont de Pertuis. La route est horrible. On se transforme en sauterelle. Le vélo vibre de partout et soudainement toutes mes lumières s'écroulent. Le support Topeak a laché. Noir complet, bordel. La voiture de l'assistance des deux vélos couchés s'arrête à quelques mètres de mes lampes ! Sympas, ils m'aident à réparer. Je repars pas content et angoissé à l'idée d'être obligé d'arrêter sur un problème de lumière.
Peu avant La Bastide des Jourdans, je retrouve Laurence du CT de Lyon qui assiste un Ultra fatigué. Aller Bourgoin ! me crie t'elle.  A la Bastide, Laurent Derain me téléphone. Il est quatre heure. Il se prépare pour les Boucles du Verdon.  Je ne suis pas frais et j'ai mal à un genou (en fait depuis le départ !). J'arrive à gèrer la douleur mais la position en danseuse fait mal. Les montées suivantes sont alors plutôt lentes mais j'arrive quand même sur la N100. Céreste est proche. Myriam aussi. Le PC aussi. J'ai vraiment froid. Je baille. Je m'endors sur le vélo. Il semble me battre pour avancer, pour essayer de combler le grand trou qui me sépare de ceux qui me précédent. Ma lenteur ascensionnelle m'obséde ! Antony, épuisé,  me rattrape car je cherche à téléphoner pour savoir où est le PC. C'est son assistance qui appele. Le PC est tout proche au croisement de la route de Viens. L'appel de Viens me laisse froid. Viens, beau cycliste fourbu, Viens à moi. M'en fout, moi de Viens. Je grelotte, je dors debout. Heureusement Myriam n'est pas loin. Enfin, le PC. Je retrouve Laurence et son Ultra Zombie avachit sur une chaise mangeant les miettes d'un grand cake au chocolat. Y a plus de gaz dans la bouteille, donc plus de tea. Je monte dans l'auto pour me réchauffer et dit à Myriam, "je dors 15 minutes". On frappe à la fenêtre. C'est fini, faut y aller. Je ne veux pas faire comme Antony qui, avant mon petit somme,  a rendu son tablier. Je l'ai entendu dire au bénévole du PC : Vous pouvez annoncer à l'organisation que pour le numéro 39, c'est fin de course. Encore une fois, j'ai assisté tout chagriné à cette scéne tragique. J'aurai aimé lui dire : remet ton casque, prend ton vélo et repartons ensemble. Mais je ne pouvais pas. Je savais qu'après mon court dodo, je repartirai. J'en avais encore l'énergie  mais que pour moi. On frappe à la fenêtre. Ce n'est pas fini, faut y aller... J'enfourche Pégase et m'oblige à pédaler. Viens, beau cycliste fourbu ! Je sens Myriam inquiète. Elle doute. Je sais qu'elle doute. Je suis endormi mais je ne doute pas de moi. Viens m'appelle. Viens, beau cycliste fourbu ! Dans la montée, je regarde pour la première fois mon compteur. J'essaie de compter. Et même s'il reste 200 bornes, ça change quoi. Dans 50 km, ce sera 150 km et c'est quoi 150 km, ce n'est rien ! Plus rien... Non pas Rien, mais Viens. Mais oui, Beau cycliste, tu y es à Viens ! Bravo !

De Viens à Bonnieux

A la sortie de Viens, Myriam est arrêtée. Elle dort, Coline aussi. Je m'inquiète pour elles. Je zappe l'inquiètude. Pas le choix. Je n'ai pas le choix. Elles n'ont pas le choix. Je roule du mieux que je peux. Je double Laurence et son Ultra endormi. Aller Bourgoin ! Saint Saturnin les Aphtes et arrêt pour casser une petite croute et m'enduire de cetavlon car les fesses me brûlent. Laurence me double. Son ultra est incroyable : il alterne entre épuisement et dynamisme. Je repars et entreprend le col de Murs. J'ai fait l'erreur de ne pas retirer mon pyjama. Je suis obligé de stopper dans la montée cassant ainsi mon énergie. Le LaurenceUltra zombifié repasse. Il est meilleur grimpeur. Je passe Murs. Impossible de reprendre de la vitesse, il me semble me trainer. Le col. Je bascule, je descends trop lentement et ça m'énerve. Croisement et à gauche, la route entre les rochers. C'est beau mais ça monte. Je croise beaucoup de cyclos qui me saluent. L'un d'eux m'encourage avé l'accent. Sait-il d'où je viens ? J'espère ne pas en rencontrer qui vont dans mon sens dès fois qu'ils cherchent à faire la course. Je n'en veux pas dans ma roue.

Photo de Laurent Derain

Dernier dénivelé pénible avant Gordes. Et c'est enfin Gordes. Je vois un parking et y vais. Myriam suit et se gare. Je dis : petit déjeuner pour tous. C'est la maison qui régale. J'avale pain beurré au miel, croissant et thé. C'est incroyablement bon. Je constate que mon dispendieux cuissard est tout abimé d'un coté. Ben, ça frotte contre quoi ? La selle ? Vérification, la selle est bien positionnée. Je repars l'esprit préoccuppé. Si je ne trouve pas le frottement, le cuissard est foutu. Euréka ! C'est la sacoche de selle gonflée par le kit répération. Je stoppe
, démonte le tout et le jette dans la voiture. Impossible de m'assoir, j'ai les fesses en feu. Pégase déraille encore une fois. Je descends, la voiture s'approche et je demande à Coline de préparer le second cuissard Assos : tartine le bien. Enfin Bonnieux, parait que je vais mieux selon la voiture. J'ai trop mal au cul, trop mal aux genoux. Je m'arrête encore et me change rapidement après m'être tartiné. C'est gluant mais c'est mieux...

De Bonnieux à la Cote Sainte Anne

Je fonce sur Lourmarin, puis Cadenet. La Roque d'Anthéron et j'entame la montée vers la cote Sainte Anne. Je la monte ou je la monte pas cette saloperie ? Myriam et Coline sont parties devant. J'ai trop chaud et la voiture n'est plus la pour déposer le coupe-vent. Je m'approche du lieu maudit. J'ai très envie de monter sur le vélo, j'en suis capable mais le souvenir de la voiture agressive, lors du repérage, me hante. J'attaque le dénivelé et la tête lache. J'ai vraiment peur alors je décroche et monte à pieds. Mon amour-propre en prend un coup. Mais bon, c'est ainsi. Je suis photographié sous toutes les coutures par le sympathique Marc... Les gens du PC sont très aussi sympathiques. On plaisante et ça fait du bien. On rigole pas avec Pégase. Mais vraiment pas ! Myriam me dit que Hugues et Laure ont deux heures d'avance. Je me déçois !

De Sainte Anne à Saint Rémy

Je fonce sur Venergues puis Alleins. J'essaie de grimper au mieux pour en finir. Je me trompe encore de route. Myriam vigilante rectifie l'erreur. Un peu avant Mouriès, c'est à leur tour de se tromper. Rectificatif. Et ça repart. Encore une erreur et je range le vélo. J'en ai assez de ces longues lignes droites. Mouriés, enfin. Le dernier PC avec un homme très cordial. Je suis surpris de voir un Ultra allemand arriver. Je repars immédiatement derrière lui.  Un stop et je ne le reverrai plus jamais. Incroyable !
Les Baux de Provence sont noirs de touristes. C'est un vaste bordel automobiliste. Je m'ouvre un passage à grands coups de gueule. Attention, poussez vous, casse toi de la ! Et ils se poussent tous ces empotés. Un connard vient se placer contre moi et klaxonne. Je sursaute. S'il s'arrête, je lui colle un pain. Il m'en reste dans les poches. Au kiri ou au fromage de chèvre, le pain, évidemment, Monsieur ?
La descente et j'hésite encore. Où tourner pour Saint Rémy ? J'attends la voiture. Le pédalage devient difficile. J'ai mal au cul, aux genoux. Les pieds brûlent. Myriam manoeuvre, un con klaxonne encore, je crie plus fort. S'il descend, je l'explose.  Enfin on entre dans Saint Rémy.  Et... Putain, un panneau déviation qui nous conduit je ne sais où. J'explose littéralement. Myriam la joue zen. Elle demande le chemin à des pauvres gens qui restent brouillon dans leurs explications. On comprend rien ! J'explose encore plus haut, énoncant tout un chapelet d'injures. Je veux arriver avant 17 heures, bordel. Je pars comme un fou au feeling, laissant toutes stratégies de coté, agissant totalement en primitif hirsute. Et j'arrive à traverser St Rémy encombré de gens et de voitures. Je dois gueuler fort parce que ils me laissent passer. Je ne suis plus raisonné, ni raisonnable. Un rond point. Merde. J'en fais le tour pour recalculer ma position et je trouve. Je passe sous la banderole Arrivée. Y a personne ! c'est charmant ! Je repére Laurence. Aller Bourgoin. C'est bien Michel. Tu es content ?

Non, je ne suis pas content. Je n'aime pas les arrivées parce que c'est fini. Mais je suis d'un calme olympien et plutôt frais !

Laurence encore une fois : es-tu content ?

Mais oui, je le suis ! je ne suis pas démonstratif, c'est tout. Je le savoure ce RPE !

Le responsable de l'arrivée vient me voir. Ah oui, c'est vrai ; faut dire qu'on est arrivé !

Myriam et Coline descendent du Jumpy. Très heureuses de ma prestation, de leur prestation d'assistantes. Pas plus d'effusions. Seulement une forte émotion entre nous trois ! C'est promis, on reviendra mais avec un gyrophare ! C'est promis, un gyrophare agricole orange...

Résultats officiels :

Distance : 585 km
Temps total : 31 heures et 11 minutes
Moyenne : 18,95 km/heure

9ème de la catégorie Grands Randonneurs
4ème de la catégorie GR 40 à 50 ans

Mon cardio :

Distance : 632,4 km
Temps total : 31 heures et 11 minutes
Moyenne : 20 km/h
Temps de pédalage : 27 heures et 54 minutes
Moyenne sur temps de pédalage : 22,7 km/h


Merci à tous, cyclos et lecteurs de tous poils et toutes plumes !


En savoir plus sur le RPE :

- La page RPE 2009 de ce blog, clic ici :

- Le site Vélo-Concept, clic la :


Par Michel
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Lundi 1 juin 2009
Eh oui, le Raid Provence Extrême est déjà fini... Sniff ! J'ai tant apprécié même si je ne l'ai pas montré ! La zen attitude !

Mais croyez-moi, je le savoure ce RPE car...


L'OBJECTIF EST ATTEINT ! MOA CONTENT !


Quoi, les chiffres ? Ah, vous voulez des chiffres ?

Le parcours officiel annonce une distance de 585 km dégustés en 31 heures et 11 minutes. Je suis classé neuvième (et non huitième) au scratch "Grands Randonneurs" et quatrième (et non cinquième) de la catégorie des vieux de 40 à 50 ans ! Yes ! I'm very happy !

Consulter les résultats officiels, clic on the logo ci-dessous :

En attendant l'histoire de mon premier 600 km, découvrez ces quelques clichés commentés :

C'est qui le 13 ?

C'est moa, t'en veux ?

Y a des fois dans la vie où on ne se sent pas grand !

Micro-réglage !

Les grands randonneurs

Moi, à mon voisin de droite : "Tu vois, Hugues, cette fois, c'est moi qui gagne !
Mon voisin de droite : Laisse moi rire, t'as enlevé tes stabilisateurs ?

Ben, Bon Diou, y a quoi la bas !

Bientôt, le sommet du...

...Ventoux, Respect !

Le Verdon : Majestueux



A bientôt pour l'histoire !

A suivre donc...



Par Michel
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Dimanche 24 mai 2009
Eh oui, dans 6 jours maintenant, c'est le grand départ pour le "grand cirque ultra cycliste" ! Non pas que je sois un clown (entourés d'autres clowns cyclistes alors) ! Non, Non, je suis un mec un peu ultra-fou qui se lance dans une folle aventure authentique tous comme les 49 autres ultra-fous de vélo qui m'entoureront au départ et me devanceront à l'arrivée !

Après une première consultation de la liste des participants, je découvre avoir le dossard numéro 14. Et puis, y a eu un changement et je m'aperçois avoir récupéré le numéro 13 ! Et bien, je serai le 13... ça m'évitera de discuter avec des superstitieux qui, à mon contact, auront peur d'être contaminé par le mauvais sort. Autre avantage, je serai donc immatriculé dans le département des Bouches du Rhône et les conducteurs marseillais seront gentils avec moi !

Depuis le 15 mai, je pédale un peu moins, enchaînant des sorties de 80 km maximum à un rythme plutôt intensif, histoire de m'affûter. J'ai réussi à atteindre quelques vitesses moyennes sympathiques au détriment d'une FC un peu trop haute à mon avis. Faudrait peut-être que je change de coeur  ! N'importe quoi ! Coté miam, j'ai essayé de faire attention mais comme je me dope au Reblochon, ce n'est pas facile. Le médecin du travail m'a dit "Pas de fromage. C'est pas bon pour la santé. Ben merde, comment faire quand on travaille dans le milieu des producteurs de fromages des Savoie ! C'est une hérésie de ne pas manger de fromages locaux !". D'ailleurs, je vous engage tous à aller faire vos courses alimentaires chez les agriculteurs locaux. Déjà, vous savez ce que vous mangez et ensuite, vous rémunérez ceux qui travaillent et non pas des actionnaires plus ou moins anonymes trop gourmands !

Clic on the cheese, please

Tout est prêt d'un point de vue matériel. Pégase, révisé, est tout propre. Les roues DTSwiss l'équipent chaussées avec des pneus pas neufs mais peu usés. La caisse de vêtements est pleine. J'y ai placé un nouveau cuissard vraiment dispendieux (et encore, j'ai été raisonnable) pour protéger mon arrière-train. Il ne reste plus que la caisse "garde manger" à remplir et préparer les cartons à repartir selon les sept ravitaillements. Ainsi, je stockerai dans mes poches la nourriture pour une centaine de kilomètres. Y aura les petits pains au lait avé du fromage de biquettes ou de kiri (mais pas de reblochon), des mini-sandwich au pâté et au jambon (mais pas de foie gras, j'ai pas osé), des yaourts à boire, quelques barres de céréales et du coca-cola. J'additionnerai à l'eau du malto et un autre truc genre hydrixir et voila !

Et le mec, est-il prêt ? Je dirai : oui ! J'ai 5000 km dans les papattes avec 48000 mètres de dénivelé positif. C'était l'hypothèse basse. 2000 km de plus avec du dénivelé auraient été appréciables. Mais bon, j'ai fait ce que j'ai pu faire ! Ce n'est déjà pas mal pour quelqu'un qui travaille loin de chez lui et passe beaucoup de temps au dit travail. Et puis, faut pas oublier la famille !
Je pense être le moins prêt de tous les participants. Certains, au regard de leur blog ou de leurs posts sur les forums cyclistes, annoncent des statistiques impressionnantes et une préparation quasi-scientifique (ça me fait peur). Mais nous n'avons peut-être pas les mêmes prétentions...

Je souhaite tout simplement vivre authentiquement cette longue aventure, arriver dans les délais et sans me prendre la tête !

Heu ! ce n'est pas moi sur la photo !

Enfin, si vous voulez me voir, partez sur les routes de Provence. Cherchez un Pégase à pédales en stroumphnirium et un petit cyclohomosapienssapiens vieux à lunettes, immatriculé 13 ! Et surtout ne me dites pas : Aller, appuie un peu ! ça m'énerve  et je peux me métamorphoser en vélociraptor féroce si soudainement ! Pas d'applaudissements, j'en serai confus. Et pour les photos, faites en sorte que je sois beau !


Les dés sont jetés et les vaches bien gardées !



A BIENTÔT ! MEUH !



Par Michel
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Jeudi 14 mai 2009
Dehors, le temps est à la pluie et à la fraîcheur. La nuit est bien noire. Ne trouvant pas le sommeil, j'écoute, au hasard de Deezer, quelques morceaux de musique choisis variant les styles.

Toutefois, mes pensées sont pour le RPE.  Et sur les rythmes successifs qui défilent, je visualise mentalement les grands traits du parcours, cherchant quel morceau conviendrait le mieux aux différents paysages traversés.

Si vous saviez comme j'ai hâte de m'élancer sur ce long chemin de Provence ! Une impétueuse envie de vivre intensément chaque instant, une impétueuse envie de me mesurer, une impétueuse envie d'authentique et de plaisir...

Une impétueuse envie, c'est TOUT et c'est UN TOUT...



Par Michel
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Vendredi 8 mai 2009
Enfin, le voila cet article relatant la reconnaissance du Raid Provence Extrême, mon prochain challenge qui arrive à grands pas ! J'oscille entre sérénité et inquiétude... Si bien que ce matin, je préfère le repos au vélo alors que j'avais prévu de participer à un rallye cyclotouriste. Je n'ai pas suffisamment dormi et c'est bien de ma faute. Je voulais terminer cet écrit et suivre, grâce à la technologie GPS, l'avancée de Hugues Rico qui pédale sur la RAS (cf son blog : unlimited Miles).

Bonne lecture !

En ce début du mois de Mai, une longue fin de semaine (pour ne pas dire week-end) ne pouvait être que cycliste pour les amateurs de La Petite Reine.

C'était donc l'évidence même de valoriser ces trois jours pour continuer ma préparation au Raid Provence Extrême, une longue course de 590 km corsée par un dénivelé positif légèrement supérieur à 9000 mètres, qui se déroule les 30 et 31 mai prochains. Aussi, il était primordial que je puisse me tester sur une longue distance de, au moins, 350 km et repérer le parcours du dit raid.

Aujourd'hui, le test et le repérage sont réalisés avec succès mais je ne mesure pas encore totalement l'exploit de ces deux longues journées consacrées au vélo à savoir :

483,3 kilomètres parcourus avec un dénivelé positif de 7390 mètres dans une durée totale de 20 heures et 10 minutes hors pause. (Cela vous convient-il ?)

Pour ce long exercice, Laurent, jeune et sympathique cyclosportif bloggeur (provence-cyclosport.over-blog.com), m'accompagnait. Et encore une fois, je tiens à le remercier vivement de m'avoir, non seulement, aidé dans le repérage du chemin mais aussi, entraîné dans son sillage si dynamique. En effet, Laurent, guide efficace, est surtout un grand cycliste qui a toute sa place dans les pratiques du cyclosport et du cyclisme Ultra.

♦ Préparatifs hâtifs...

Tout préparer et ne rien oublier, n'est pas une mince affaire. Il faut penser à tout : le matériel cycliste, l'habillement nécessaire, l'alimentation, les cartes pour se retrouver, le véhicule adapté que l'on a pas et qu'il faut trouver... C'est incroyable, le temps passé à cogiter pour trouver les réponses à la multitude de questions qui vous assaillent dans la préparation d'une telle épreuve. Heureusement, l'équipe du MM'S Fun Team Cyclo sait se mobiliser efficacement et des personnes bienveillantes lui apportent avec générosité des aides techniques (des conseils) ou matériel (lampe, véhicule...) !

♦ Jour J moins 1 - 17h30

Après avoir loué le fourgon 9 places aux couleurs du centre de formation dans lequel je travaille, je pars en direction de ma maison familiale du NordIsère. En chemin, je récupère mon vélo chez un nouveau vélociste bien plus agréable que le précédent. A la maison, chargement du pratique véhicule et gros dodo après avoir miammé des pâtes, et des pâtes, nourriture essentielle pour un cycliste...

♦ Jour J - Petite balade provençale -

Nous sommes en route pour Avignon, lieu de rendez-vous avec Laurent puis continuation vers Sault, point de départ de la première étape de la reconnaissance. C'est à dire Sault - Moustier Sainte Marie, soit 120 km et environ 1400 mètres de dénivelé.
Nous avons prévu une durée d'étape de 4h30 à 5 heures. Je sais que Laurent va très vite, peut-être trop vite pour mes petites pattes de mini-vélociraptor très gentil ! Bon, on verra bien ! Je fais zen tout en conduisant mon minicar.

Sault n'a pas changé. Toujours aussi provençal. Nous nous métamorphosons en cycliste et nous voila sur la route en direction d'Aurel. Immédiatement, je prends la pleine mesure du pédalage efficace de mon nouveau compagnon de route. Je suis le mouvement sans difficulté tout en prenant conscience des résultats positifs de mes séances d'entraînement solitaires mais tout de même, je m'inquiète.  Soudainement, Laurent s'écrit : c'est la à droite. Et moi de penser : Ben merde, une belle rampe. J'arrive à tomber sur le petit plateau et me dresse pour escalader la courte mais raide montée.

La suite est bien moins accentuée. C'est plutôt valonné. Les montées restent longues avec un pourcentage de pente qui permet de rester sur le grand plateau. D'ailleurs, nous sommes sur le plateau de l'Albion, perforé de trous cachant, autrefois, les ogives nucléaires garantes d'une paix mondiale. Nous traversons Saint Trinit, Revest du Bion et Banon, pays d'un bon fromage de brebis et aussi localité dans laquelle nous nous égarons un court moment. Je profite de cet arrêt pour téléphoner à Myriam disparue dans la belle campagne. Personne ne répond. Bizzare. Je rappelle après une fois Saint Michel l'Observatoire dépassé. Surprise ! Myriam est devant nous sur la route de Manosque garée à l'ombre. Moa pas comprendre et en plus nous arrivons à Manosque avant elle !



Nous grimpons le long faux plat en direction de Valensole. Je suis surpris de ma capacité à suivre Laurent sans difficulté. Je suis en bonne condition mais je continue à m'inquiéter en pensant à la séance prévue le lendemain. Il ne faudrait pas griller toutes les cartouches aujourd'hui.


Le plateau de Valensole offre un panorama fort sympathique. Devant des cultures, au loin des montagnes, ça me plait ça. A gauche de la route, c'est le beau temps, à droite c'est l'orage et bien sûr, nous tournons à droite vers Riez, lieu où nous devrions retrouver l'assistance qui vient de nous doubler. Enfin !
Après Riez, nous sommes obligés de nous abriter de grosses gouttes qui annoncent un fort orage sur Moustier Sainte Marie. Je profite de l'arrêt pour situer géographiquement l'assistance encore égarée. La pluie cessante, nous reprenons notre route pour avaler la petite dizaine de kilomètres nous séparant du camping Le Saint Clair de Moustier. La route détrempée nous détrempe et des souvenirs de la 1000 bosses m'assaillent. Ah non, y en a marre de l'eau !
Une voiture de gendarmerie nous double précipitamment. Plus loin, des automobilistes nous signalent un danger. Je pense à une inondation car l'eau traverse la route. Non, c'est un accident. Un gendarme est au bord de la route et au fond du gros trou, y a une voiture bleue : celle des gendarmes ! Et j'entends la pauvre gendarmette, toute secouée, annoncer au téléphone : Chef, on n'a eu un grave accident !
Si le camping Saint Clair est facile à trouver, nous mettons un temps fou à  choisir un emplacement. Y a tellement le choix que l'on ne sait pas où se mettre. Les moustiques réveillés par l'orage s'acharnent sur nos jambes et avant-bras découverts. Montage de la haute tente, douche, miammiam et préparation des vélos pour le départs du lendemain. J'installe deux lumières à l'avant, deux autres à l'arrière et équipe mon casque d'une frontale. Le tout semble très lumineux. J'ajoute le bag et l'emplit de nourriture préparée. Petits pains au lait, barres de céréales, un couscous, une choucroute et un cassoulet. Le plus difficile est de faire rentrer la bouteille de gaz et le réchaud. Et oui, mon bag, c'est un peu le sac de Mary Poppins !
Maintenant, je décharge mon cardio sur mon ordinateur portable afin de pouvoir stocker demain un maximum d'informations électroniques. Je regarde la moyenne et je lis, stupéfait, 29,2 km/h. Alors la, mec, Bravo, T'as plus qu'à aller te coucher ! Bonne nuit !

Pour les accros à l'analytique :
119,3 km - 1435 mètres de dénivelé positif - Temps : 04:05:30 - Moyenne : 29,2 km/h


♦ Jour K - Du lourd !

3 heures du mat, La tente s'éveille. Putain con, je viens de m'endormir. J'ai presque envie de ne pas y aller faire ces 400 km. N'importe quoi ! Eh oui, la deuxième balade provençale démarre de Moustier Sainte Marie pour atterrir à Saint Rémy de Provence. Mais comme nous sommes des gens compliqués, eh ben, on n'ira pas directement. On va mettre de l'ambiance en cherchant un maximum de trucs à escalader. Patrick François qui a tracé le parcours du RPE est, à mon avis, quelque peu taquin !
Le petit déjeunage s'effectue dans le noir. Chacun sa gamelle. Je ne sais même pas ce que Laurent mange. Un gatosport ? Perso, je fais classique : Thé chauffé à la bouilloire électrique (on est moderne au MM'S Fun Team Cyclo), muesli, yaourt... Une fois rassasié, je pars me métamorphoser en cycliste une nouvelle fois dans les douches du camping. Je passe par les toilettes et m'y endors sûrement puisque nous partons avec une demi-heure de retard.

Les gorges du Verdon

Et c'est parti pour le tour des Gorges du Verdon dans le noir évidemment. C'est une première pour moi de rouler sans rien voir. Complètement endormi, je n'éprouve rien de particulier. Une chose certaine : j'étouffe parce que je me suis équipé comme en hiver avec en plus, le fameux gilet jaune réglementaire dans lequel on pourrait mettre deux mecs de mon gabarit. La route montante jusqu'à Aiguines est charmante dans la nuit. On s'arrête et je quitte mon cache-nez en polaire et le cache-oreilles, j'entends mieux.. Nous reprenons notre ascension vers le Col d'Illoire qui ne restera qu'une illusion puisque je ne souviens pas y être passé ! Après quelques montagnes russes, nous arrivons sur le plateau et débusquons moult chevreuils. (J'en attrape un et le range dans le bag pour mon quatre heures). Nous passons la Corniche Sublime. C'est vrai, c'est sublime ici. Le jour se léve et je me murmure : t'as vu, c'est géant. J'aperçois en face la route que nous emprunterons dans un moment. Celle qui mène au Point Sublime puis au Belvédère de la Maline. Pour le moment, nous traversons le pont de l'Arturby et nous nous dirigeons vers Trigance. Un village pour qui j'ai un faible. Au loin, ça tonne mais ce n'est pas le tonnerre. Ce sont les canonniers de Canjuers qui font les malins un premier mai. Et voila Trigance, Laurent cyclo-reporter dégaine son appareil photo et clic ! Je reste sans voix, ce village me parle, allez savoir pourquoi !


Continuation vers le Pont de Soleils mais sans soleil. Laurent ralentit fortement, je descends bien plus vite que lui car il gèle (Oui, oui, c'est qui Laurent gèle) ! Faut dire que le thermomètre indique ZERO pointé. J'ai déjà froid malgré mon équipement hivernal et Laurent n'a pas grand chose sur le dos et les pieds ! Vivement une montée. Enfin, Pont de Soleils, on tourne à gauche et on grimpe vers le Point Sublime. Une voiture de Gendarmerie nous double. Nous les retrouverons plus tard, arrêtés devant une boulangerie, des croissants à la main.  C'est mieux qu'hier.
Nous continuons notre route vers notre lointaine arrivée. C'est beau. C'est magnifique même mais ça monte encore et toujours sur cette route du Point Sublime puis de la boucle des
Belvédères. Ici, c'est le pays des gens qui escaladent les falaises. Ils sont nombreux et font peu cas des deux cyclistes que nous sommes. Ils ont la tête dans leurs futures voies tout comme nous d'ailleurs. Mais ce ne sont pas les mêmes voies et les mêmes valeurs.




Après la montée, la descente vers La Palud sur Verdon. Et j'aime vraiment pas cette descente que je trouve dangereuse. Faudra vraiment assurer ici surtout j'y passe de nuit. Le froid et le noir complet, Brrrrr ! Petite montée et enfin la Palud sur Verdon. Sur les terrasses des bars et des hôtels-restaurants, les touristes se prélassent sérieusement au soleil. Personne ne nous remarque réellement. Certains sont peut-être surpris de voir un cycliste avec une lampe frontale sur son casque. Tiens, un cycliste qui fait de la spéléo, pourquoi pas ! Y en a bien qui font de l'ultra ! N'importe quoi ! Nous passons le Col d'Ayensy a yein à voir car je ne m'en souviens pas. Par contre, j'apprécie la descente sur Moustier Sainte Marie où nous attend l'inquiète Myriam. Nous avons un grand retard de 1h30. Erreur d'estimation de la difficulté des Gorges du Verdon pour mes petites papattes.



Aller Viens !

A Moustier, nous nous mettons en mode été. Fait trop chaud maintenant. Et hop, c'est reparti pour continuer la suite du périple. Direction Puimoisson. La campagne cultivée me rassure sauf un bémol : Y a pas de vaches. Sniff ! Les dénivelés étant plus abordables, nous allons plus vite et c'est tant mieux. Gauche, droite pour Valensole et enfin on fonce sur Gréoux les Bains grâce à une route adaptée au grand plateau. Gréoux les Bains nous accueille avec un mur mais Laurent m'en informe : tout à gauche. Myriam nous attend sur le parking. Notre véhicule d'assistance attire les curieux. Dessus, il est écrit Réussir Autrement. Mais qu'est ce que signifie Réussir Autrement ? C'est comme pratiquer le Vélo Autrement, c'est comme parler de Vélo Autrement. Enfin, c'est vraiment Autrement ! Vous ne comprenez pas ? Moi, oui, je me comprends. C'est déjà ça. Mais, si vous le souhaitez, je vous expliquerai. C'est mon job d'expliquer Autrement !
Nous nous restaurons donc sur la Gréoux Platz (en allemand). Les pâtes de Laurent sont mélangées à la jardinière du MM'S Fun Team Cyclo et c'est bon. Repas fini, je propose d'aller nous installer à la terrasse d'un bar, alibi partagé pour aller aux toilettes. Et c'est reparti. Laurent se fait insulter par un automobiliste du 13. Sont dangereux ces 13 au volant. A Marseille, ils n'aiment que le foot ! Enfin, pas qu'à Marseille.
Nous fonçons sur Pont Mirabeau, via Vinon sur Verdon. Sur la carte, ce secteur est caché par un grand carré blanc car dessous, c'est Cadarache et maintenant Iter. Sans intérêt, sauf pour les écologistes et les pro-nucléaires. Nous traversons la rivière et direction Beaumont de Pertuis et La Bastide des Jourdans. Le revêtement routier est horrible. Le bag craque à chaque secousse, c'est à dire perpétuellement donc ça me prend le chou ! La route n'est pas plane, ça monte encore et toujours. Je n'y prête même plus attention à ces pentes qui n'en finissent plus. Je les zappe de mon cerveau lent de cyclo lent tout comme les kilomètres qui restent. Moa non penser. Moa concentré sur je ne sais pas quoi mais concentré.
La Bastide des Jourdans. Un village provencal écrasé sous une petite chaleur du mois de mai. Une fontaine qui coule lentement et des bidons qui se remplissent lentement. Départ pour Cereste, ça fait Céleste. Evidemment, ça monte mais c'est supportable. Même pas fatigué. L'heure ? Vous souhaitez connaître l'heure. Je ne sais pas. Je suis dans un espace intemporel. On ne mesure pas le temps, on avance dans l'espace et mine de rien, on dévore les kilomètres ! Je pense : il reste 200 km, oh merde, 200 km... Dans 50 km, il ne restera que 150 km. C'est vite fait 50 km, alors 150 km, c'est quoi, plus rien...
Après Céreste où nous doublons deux mini-jupes attirantes (où est l'assistance ?) qui jurent avec la localité, nous tournons à droite pour aller à Viens. Attirant, ce nom de pays. Allez, viens voir à Viens, beau cycliste. Ben, j'vous dis pas, faut vraiment avoir envie d'y aller à Viens. Vous avez pigé, ça grimpe bien pour aller à Viens. Laurent grimpe en toute puissance. Il m'attendra en haut. Donc, j'arrive à Viens,  sauf que je ne vois rien et me trompe de direction. Heureusement, d'ailleurs puisque je retrouve Laurent qui m'attendait sur la mauvaise route...

Fin d'après-midi et des yaourts !


Direction Saint Saturnin les Apt. Sur le Road Book, ce sont quatre lignes. Dans la réalité, c'est long malgré la possibilité de garder le 50 dents et un petit pignon. Le vent est de face. Sur la gauche, un immense parking rempli de touristesmobiles et d'aquariums à roulettes. C'est le Colorado franchouillard. Devant nous un vélo. Quoi un vélo devant nous ! Il me semble que c'est à ce moment précis que Laurent me propose une chasse vélociraptrice. Je n'ai pas faim et mon bag grinçant est encore plein. Il reste la choucroute et un cuisseau de chevreuil. Nous fonçons, quand même, sur le pauvre cyclo qui ne nous a ni vu, ni senti. Le vent est pour nous, eh eh ! Groarrrr et l'homme à deux roues sursaute à notre passage. Je grogne B'jour. Evidemment, il prend ma roue. Pas celle de Laurent. Il sait choisir l'animal. Il s'attaque au plus petit ! Et oui, c'est comme ça dans la savane, on cherche à bouffer toujours le plus faible, c'est plus facile. Mais, je suis en pleine forme. Et je dévore en force le long faux plat devant mon adversaire inconnu. Un rond point et plus de cyclo ! Yes ! S'il savait le nombre de kilomètres déjà emmagasinés, je pense qu'il serait dégoûté. Slurppp !

Après Saint Saturnin, nous faisons une pause. Je me débarrasse du bag que je ne supporte plus. Je déguste le dernier yaourt. Jamais je n'avais regardé un yaourt de cette façon !  Je me proterne devant ce yaourt m'excusant de vouloir le manger ! Mais il est yaourt et moi consommateur. Donc normal que je le mange même s'il est tout petit.
Direction Gordes mais en passant par le Col de Murs (Prononcer le S SVP). Un col à rallonges qui me permet d'admirer un chêne majestueux. Mon Dieu, que cet arbre est beau ! J'ai envie d'aller le caresser. Au col, un mec de Reblochon Land (mon lieu de travail) s'arrête car il est soit disant voisin. Il est en week-end dans le coin avec sa Miss qu'il nous montre d'un coup de tête. (C'est vrai qu'elle est charmante sa Miss). Il l'a apportée avec lui pour la mettre au vélo. Première leçon, le Ventoux ! Un futur divorce !
Descente du Murs dans laquelle mon feu arrière rouge clignotant décide de se suicider en sautant du vélo. Demi-tour et je le retrouve allongé au milieu de la chaussée. Le pauvre, il a craqué !
Nous passons une jolie gorge pentue. Les rochers sont incroyablement impressionnants. Nous descendons sur l'Abbaye de Sénanque, un beau lieu de retraite. Et enfin, le village des villages de France : Gordes. Un simple coup d'oeil avant de nous diriger sur Bonnieux. La nuit tombe. Nous stoppons pour un miammiam et équiper les vélos de leur lumière. Je suis un peu vaseux. Que boire et que manger ? Un sandwich à la mousse de foie passe. (faut s'en souvenir, la mousse de paté de foie passe. Et le foie gras ?) Il me manque une boisson à bulles, genre la boisson planétaire américaine et y a plus de yaourts ! Laure les a tous emportés en Slovénie ! (Vous n'y comprenez plus rien ? Pas grave ! C'est un truc entre Laure et Hugues, une histoire de yaourts que Laure a planqué dans le réfrigérateur, donc Hugues s'est acheté des tablettes géantes de chocolat et de la bière...)



(Il est 20h30, Hugues Rico vient de s'élancer sur la RAS, allez Rataman !)

De la Grande Randonnée à l'Ultra, c'est FUN !


La nuit tombe subitement. J'utilise la lampe BBB à 5 diodes et la lampe frontale Peltz fixée au casque. La super Sigma Powerled, en location-vente, est réservée aux descentes. Je reste derrière Laurent qui maitrise mieux la nuit que moi. Quant à Myriam, elle reste derrière les vélos, elle a peur dans le noir. Notre grande randonnée se transforme en une épreuve ultra. L'assistance nous colle aux fesses et c'est vraiment FUN. Je suis en pleine forme. Ne voyant pas les montées, je les avale sans difficulté à une vitesse qui m'est inconnue.  Pourtant, il reste une bonne centaine de kilomètres. Je ne sais même pas combien nous en avons parcourus mais c'est déjà beaucoup. Je suis incapable de dire l'heure comme d'hab. Je roule d'un bon train et la FC est dans sa plage endurance basique. C'est incroyablement plaisant de se sentir en forme !

Je prends littéralement mon pied dans cette configuration nocturne. Une nouvelle motivation m'emporte. Mon espace habituel s'est considérablement réduit. Il n'est plus que moi, s'arrêtant aux ronds de lumière émis par les deux lampes. Je reste étonnement serein.
Nous atteignons Bonnieu. Les maisons de pierre de ce vieux village sont immenses dans la nuit. Je suis ému. J'ai du mal à expliquer ce que je ressens. Le village est vide mais j'ai l'impression d'être entouré de gens qui nous observent... les vieux paysans et paysannes qui ont vécu ici !
Une fontaine coule. Le bruissement de l'eau est décuplé par la nuit silencieuse. Nous faisons le plein et continuons notre route nocturne sur Loumarin et Cadenet.

La Côte de Sainte Anne = danger !

Plus nous approchons de la
Roque d'Anthèron, plus je m'inquiète. La Côte de Sainte Anne m'obsede. Le pourcentage de pente atteint 21 %. J'ai peur tout simplement et gravir un tel mur de nuit ne me dit rien. La décision est prise. Je n'hésiterai pas à monter à pied ! La traversée de la Roque se fait sous les applaudissements d'un groupe de jeunes gens noctambules. Dans une nuit profonde, on s'approche de la redoute. Je devine que nous sommes dans une pinède. Les bois ont été exploités au regard des billes d'arbre entreposées le long de la route. Le parcours est abrupt et pourtant la côte n'est pas encore la. Je me place à gauche de la route et demande à Myriam de passer devant pour monter le mur sans arrêt afin de préserver l'embrayage du véhicule. Laurent me prévient. La côte est la. Elle nous attend, avec un sourire satanique. Je monte assis. Et ça devient vraiment difficile. La route est pleine de graviers. Je me dresse sur le vélo. La roue avant décolle. Je libére une chaussure et m'arrête. Je ne sens pas la chose. Laurent, plus courageux et puissant, escalade la Sainte Anne. Je monte en poussant Pégase. Une voiture apparait dans la pente et me fonce délibérement dessus. Je l'évite en me collant à la glissière de sécurité. Le chauffeur m'apostrophe.
J'arrive presque au sommet. Laurent me rejoint. Nous remontons ensemble. Myriam nous attend très inquiète. Des voitures douteuses sont tapies dans le noir. Nous sommes observés. Une automobile arrive et s'engage sur une piste. Le passager ouvre la porte et crie : alors les Parisiens, ça roule. Ce n'est pas gentil. C'est même agressif, provocateur. J'aurai pu répondre, Oh putain con, on est d'ici, peuchère quel couillon ! de la canebière, même !  Tu m'insultes en me traitant de Parisien. Fada va ! Mais, il est grand temps de partir. Les lieux sont réellement dangereux. Y a trop de cons nocturnes et je n'ai pas mon lance roquettes qui est resté dans le bag qui, lui, est dans le minicar ! C'est d'ailleurs le bazard dans ce minicar ! (Ah, si vous n'avez pas compris ce qu'est le bag, laissez un commentaire. Je vous expliquerai).

Une heure du matin à Alleins : fin de la répétition !


Lambesc est passé sans encombres (encore une mini-jupe mais vraiment mini, ça réveille. Oh putain con !). S'ensuivent des lignes droites. Les voitures deviennent hargneuses, agressives même. Je ne comprends pas pourquoi ces attitudes de rejet vis à vis de gens qui se déplacent de nuit
autrement qu'en automobile. Ont-ils peur pour eux, ces automobilistes ? Les gens n'aiment pas l'Autrement, ça fait peur !  Et pourtant s'ils savaient ! Je monte la Côte de Vernergue d'un bon train. Dans les descentes, Myriam n'arrive pas à suivre. Soudainement, je stresse à l'idée qu'elle s'endorme au volant. Il est plus de minuit. Je ralentis pour l'attendre. A Alleins, on s'arrête. Je descends du vélo et sens une nausée remonter. Je m'assois sur les marches de la mairie et machonne une barre de céréales. Je bois sans entrain. Je dois pendre une décision. Je suis partagé entre terminer la grosse cinquantaine de kilomètres, qui nous séparent de l'arrivée, et ranger le vélo par mesure de sécurité. Myriam dit pouvoir continuer mais sans conviction. Elle a les traits tirés. Je ne vois pas les miens. Laurent doit sentir mon indécision. Il propose de stopper ici. On range les vélos. Je prends le volant et roule jusqu'à Saint Rémy de Provence pour finir le repérage. Les longues lignes droite ventilées et la Montagne de Playmobiles de Hugues m'horrifient. Le final, si j'arrive jusque là, sera terrible ! Cré Vin Dieu !

(23h00, j'observe, tout en rédigeant ce long article, la progression de Hugues grace à un suivi GPS, il est à Koper, Kubed)


Bilan du parcours Moustier Sainte Marie - Alleins


Kilomètres :
362 km
Dénivelé : 5850 mètres
Départ : samedi 02 mai à 4h30
Fin : dimanche 03 mai à 01h00
Temps total y compris les pauses : 20 heures 30 minutes
Temps passé à pédaler : 16 heures 10 minutes

Dans l'ensemble, je termine
satisfait de cette reconnaissance du prochain RPE...
Souhaitons que je me souvienne des directions à ne pas rater. Une erreur de trajet sera une perte de temps pénalisante.
Les arrêts doivent être réduits aux points de pointage et de ravitaillement uniquement. Nous perdons trop de temps en nous arrêtant trop longtemps. Mais le but de cette reconnaissance n'était pas de réaliser un temps.
L'objectif était de m'évaluer sur une longue distance jamais réalisée (mon maxi était 250 km). Aussi, je suis rassuré. Il me semble être capable de réaliser la totalité du parcours. Mais dans cette reconnaissance, je n'étais pas seul. Laurent m'a bien entrainé dans son sillage sans, pour autant, m'être collé à sa roue. Les 30 et 31, je ne pourrai compter que sur moi-même ! Il ne faudra pas oublier de pédaler, de relancer, d'avancer... PEDALER, RELANCER, AVANCER, PEDALER, RELANCER, AVANCER, PEDALER, RELANCER, AVANCER, PEDALER, RELANCER, AVANCER...

PS :


Les photos sont de Laurent, la dernière de Myriam.

N'oubliez pas de lire le compte-rendu de Laurent en cliquant ici : Provence Cyclosport
Le parcours du RPE, clic ici : Le RPE 2009

Merci Laurent pour tout !

Et merci Myriam, ♥


On ne rigole pas !
J'ai un grand vélo et Laurent, un petit vélo ! Ce n'est qu'un effet d'optique !





Vendredi 08 mai 2009 - 08h42 :

Je termine enfin cet article commencé le lundi 04 mai ! Je dois aller rouler... Je regarde toujours où est Hugues. Il est à TOLMIN, POSTAJA 7... Courage Hugues !





Par Michel
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Mardi 28 avril 2009
Non, non, je n'ai pas été viré... OUF !

Un intérêt certain et grandissant pour les cyclosportives !

Le voila enfin, ce compte-rendu relatant ma participation à la Scott -1000 Bosses. Ma seconde cyclosportive de l'année 2009. Pourtant, à la lecture de l'article sur la Bisou, vous auriez pu penser, chers lecteurs, que le MM'S Fun Team Cyclo n'appréciait pas les cyclosportives et leur ambiance.

Tout d'abord, j'appréhende les départs frotti-frotta et donc, les chutes possibles. C'est que je suis douillé, Moa ! Ensuite, l'ambiance cyclosportive ne me dérange nullement et celle de la 1000 dromadaires ou 500 chameaux m'a semblé bien plus sobre que celle de la Bisou. En effet, les cyclistes paraissaient bien moins fiers, courbant l'échine parce qu'inquièts de rouler sous une pluie agaçante et dangereuse. Enfin, ne possédant pas les aptitudes physiques pour rouler à grande vitesse et sans un fort esprit de compétition, je m'imagine ne pas être à ma place dans une cyclosportive. Idée, ridicule puisqu'en participant à ce type d'épreuve, des progrès sont possibles !

Pas de regrets, poils au nez !

J'ai tardé à m'inscrire à la 1000 bosses, hésitant avec un 200 km organisé par le club de Tresserve. Où aller ? La cyclo me permettait de travailler le rythme tout en bosses et le 200, à une allure Audax ++, aurait été plutôt favorable à un exercice d'endurance sur terrain plat. Aussi, la décision a été d'aller vers l'exercice qui me plaisait le moins et plus favorable à mon entraînement préparatoire au RPE.

Au regard de l'évolution météorologique des jours précédents, il était impossible de ne pas rencontrer l'eau sur le parcours de 139 km. Il pleuvotait à Tassin la 1/2 Lune lors de l'échauffement. Il pleuvait vraiment au départ de la course et très fortement tout au long du voyage. Mais les dés étaient jetés, il fallait en finir le plus vite possible et entier ! J'ai donc nagé pendant 6 heures et neuf minutes sur les 139 km soit une moyenne supérieure à 23 km/h. En retard de 40 minutes sur ma prévision, je restais, à la fois, insatisfait de ma vitesse  moyenne et content d'avoir rattrapé et dépassé les 20 derniers cyclos du 139 chrono, alors que j'étais parti 10 minutes après, dans la catégorie des randonneurs en principe contemplatifs.

Aujourd'hui, je ne regrette pas ma participation à la 1000 bosses. Ce parcours très bossu rendu encore plus exigeant par les conditions climatiques m'a encore endurci, chose très favorable à ma volonté d'aller vers le cyclisme ultra. Je me disais régulièrement : c'est bon tout ça, un bon apprentissage pour la suite. Et quand je me dressais sur les pédales : beurk, c'est quoi ces éponges dans les chaussures, y en a marre de cette flotte, merde !
Enfin, je pense avoir, par automatisme, adapté mes efforts (mode endurance économique) et, bien sûr, mon pilotage à la route difficile pour ne pas chuter et compromettre la suite de mes aventures.

Un parcours zappé !

J'aurai bien du mal à vous conter mes états d'âme et mes sensations physiques au gré des lieux géographiques rencontrés. Si concentré sur le contrôle de mes efforts afin de terminer cette course contre la montre (contre moi-même) et sur le pilotage de ma machine afin de ne pas choir, j'ai totalement zappé les noms des différentes bosses et cols escaladés. Pourtant, je n'ai pas oublié d'observer, avec attention, les pays rencontrés et les signes flagrants d'une économie agricole abondante de ces si beaux Monts du Lyonnais alors qu'en bas dans la plaine industrielle, les jours chômés et les licenciements vont bon train, malheureusement.

Alors quels souvenirs de ces 139 km ? Le départ pentu a l'avantage d'être sélectif, évitant ainsi un peloton compact. Pas loin de la ligne de départ, je me souviens d'un pauvre cyclo accidenté qui attendait les secours. Les bosses s'enchaînaient et bizarrement, je les avalais sereinement. Les villages de pierre traversés étaient fort sympathiques tout comme leurs habitants encourageants. Le col de la Croix du Ban ? Aucun souvenir. Du col de la Luère, je ne rappelle que le panneau (y a un panneau au moins ?). Le col des Brosses, rien à brosser. La côte d'Aveize ? Ah oui, je m'en souviens bien, j'avais mangé du ralenti à cet endroit la. Et enfin, le col de la Croix de Pars, ben, j'en ai entendu parler ! Et entre ces cinq difficultés, il y en avait cinq autres, si gentillement annoncées par de beaux panneaux jaunes ! C'est sympa de la part des organisateurs de nous informer mais j'aime pas trop savoir en fait ! Je préfère gérer l'imprévu, on n'a pas le temps de baliser !

Peu de temps avant un contrôle de tapis électroniques, j'ai salué un cyclo caché sous une couverture de survie, son vélo agonisant à ses cotés. Immédiatement après, je retrouve au ravimiam, Laurence, responsable de la Lyon Mont Blanc, qui me reconnaît malgré mon déguisement de cyclo lent détrempé. Après une sympathique discussion, nous repartons (Pégase, déguisé en hippocampe ou hippopotame et moi) à la poursuite des averses. Je roule  et dialogue avec un cyclo alsacien puis un cyclo vosgiens. Deux cyclotouristes forts sympathiques d'un bel âge aux vigoureux coups de pédales que j'ai laissés derrière moi avec quelques remords. Je me souviens aussi d'un cyclo véloce et amusant, qui recherchait toujours son collègue épuisé et en bleu, tout en hurlant dans les côtes.

Et puis, c'est la longue descente sur Tassin sous une pluie battante et dans un brouillard très génant. Ne connaissant pas la route et ses virages, j'assure ma sécurité et économise mes patins de frein bien entammés. Un cyclo poussif en montée me double comme un diable rouge (il est en rouge). Je lui souhaite silencieusement bonne route et bonne chance, même pas admiratif devant ses prises de risques. Enfin, voila du plat avec des ronds points giratoires et des trottoirs piégeux avant l'arrivée.

Une arrivée un peu triste...

Pourquoi ? Sous la pluie, le village cyclosportif est vide. Où sont les gens ? Encore à table ou partis ? Je vais jusqu'à l'automobile. Je range un Pégase craquant et me change, caché sous un grand parapluie coincé entre deux portières. Mes vêtements sont à tordre. Incroyable. Une fois habillé en après-sport, je pars manger. Des 2000 cyclos, il en reste si peu. C'est la distribution des lots tirés au sort. Je n'ai rien gagné. Un cyclo d'un club isèrois voisin s'installe presque en face de moi. M'a-t-il reconnu ? Il semble que non. Pourtant, j'ai été pendant un court moment dans son club. Une expérience malheureuse qui explique le MM'S Fun Team Cyclo. Ce qu'il ne devine pas, c'est que je savoure silencieusement, le moment où je l'ai doublé à plus de cinquante kilomètres de l'arrivée alors qu'il était parti 10 minutes avant moi  sur le 139 chrono ou en même temps sur le 85 chrono ! Une revanche, certes ridicule (mais ça fait du bien) sur ce personnage toujours aussi malveillant à l'esprit si contraint !
Je mange donc aussi solitaire que sur le vélo au milieu de ces gens qui se pressent devant les résultats affichés ou qui attendent un hypothétique lot...

Et me voila à la maison, toujours sous la pluie. Je shampouine, sèche Pégase et passe, à mon tour, sous la douche avant de préparer mes bagages en prévision du départ du lundi pour Reblochon Land !

Grand merci aux...

- Organisateurs efficaces de la 1000 bosses

- Lecteurs silencieux et anonymes de ce blog cyclohumoristicoettouristicosportif...
- Lecteurs assidus qui laissent traces de leurs passages réguliers (Laurent, Sébastien, Olivier, Hugues, Laure et tous ceux que j'oublie, pardon !)
- Cyclistes, CycloRandonneurs, CycloSportifs et CycloUltras écrivains et non écrivains ,connus et inconnus qui sillonnent les routes de cette planète malmenée et surfent sur la folle toile internet...

et plus particulièrement à Hugues, Laure et Patricia pour leur aide et leurs encouragements !


Par Michel
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Dimanche 26 avril 2009
Ben voila, je l'ai réussie cette cyclo , c'est dire la :

Dimanche 26 Avril 2009

Ouais, je suis arrivé au boût de ces 139 km de bosses et de descentes (y a pas de plat dans ces beaux Monts du Lyonnais) sous une pluie diluvienne ! Moa très content de Moa !

Par contre, je ne suis pas très satisfait de ma prestation !

Mon objectif était simple : les 139 km avec les 2500 mètres de dénivelé positif devaient être dégustés en 05H30. Pas compliqué, suffit de pédaler !

Eh ben, le chronomètre personnel dénoncera 06H09 avec les mini-pauses (étant inscrit en randonneur, je n'étais pas officiellement chronométré) et 05H47 de pédalage (le premier a mis presque 4 heures)... Donc, pas content, pas content  ! (Ah oui, pour la moyenne, sautez sur la calculette !)

Et je vais encore avoir des soucis avec mon coach :

- Putain, con ! t'es payé pour avancer, pas pour traîner ! Je vais te virer et t'iras faire de la trotinette !

La suite ?  faudra patienter...

... pour le compte rendu si je ne suis pas viré !

Par Michel
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Dimanche 5 avril 2009


Je n'aime pas les cyclosportives et pourtant...


... ce matin, je suis au départ du parcours de 135 km de la Bisou. Dès 08h15, je suis sur le vélo afin de m'échauffer. Un quart d'heure plus tard, je retrouve Myriam à 10 mètres de la ligne de départ. Je suis surpris d'y trouver déjà une vingtaine de cyclos impatients. Après quelques minutes, je suis entouré de cyclistes, y compris de l'autre coté de la barrière sur laquelle je suis négligemment appuyé. En fait, je transpire de peur car je ne supporte pas les départs  cyclosportifs. Et voila encore et encore des vélos qui s'entassent. Malgré le peu de place qui nous reste, certains n'hésitent pas à forcer le passage et même à enjamber la barrière pour gagner quelques places.


Myriam, effarée par le spectacle,  est toujours de l'autre coté de la barrière. Soudainement, elle me lâche : pourquoi as-tu voulu venir ici ? ça, ce n'est pas toi ! En plus, ils se la jouent tous ces mecs. Cette petite phrase en ajoute à mon inquiétude. Pourquoi suis-je ici ? J'ai déjà passé une très mauvaise nuit (à cause de la Bisou) et je me sens fatigué. Le doute s'installe davantage : Putain, en ce moment, tu cumules les soucis : boulot, vélo, fatigue... Pour me reprendre, j'opte pour le silence et me concentre sur ma respiration. Ma FC n'est pas alarmante. D'ailleurs, elle est plus basse que le jeune cyclo collé contre moi. Ce constat me rassure. Je sens Myriam inquiète. Elle parle : je m'en vais à la voiture, je ne veux pas voir. Réponse : C'est mieux ainsi.

Plusieurs personnes se passent le micro. J'entends que l'on appelle les personnalités et les partenaires. C'est à dire ceux qui ont le droit de partir devant les premiers. J'aimerai bien être un personnage important pour partir devant. Quoique, les poursuivants risqueraient de me reprocher de créer un bouchon. Eh oui, je suis un cyclo lent ! Ah, voila les consignes écologiques. Interdit de jeter les emballages de barres, les topettes énergétiques et les bouteilles. Faut être propre. Normal, la nature ne doit pas souffrir de la horde d'Attilas cyclistes. Maintenant, le speaker passe aux consignes de sécurité. Faut tous revenir vivants et entiers. C'est encourageant. Et surtout, faut respecter le code de la route. Les feux rouges, les stop, les autres usagers. Merde, s'il faut s'arrêter aux feux et aux stop, ça va faire des départs supplémentaires et j'ai horreur des départs !

Dans quel état (gère) ?

Le drapeau est agité et c'est parti. Je suis hyperconcentré afin de ne pas choir de ma monture, de ne pas m'emplafonner ceux de devant et je surveille mes arrières afin de ne pas me faire embrocher d'une manière peu élégante. Les cyclos sont déchaînes. Ils doublent par la gauche, par la droite. Queues de poisson, pousse toi que je passe, casse-toi tu gênes... A chaque virage, le peloton ralentit fortement et les cyclos s'empilent en hurlant Ohhhhh (ça veut dire : danger, ça ralentit). La chance est avec nous, personne ne s'accroche et ne tombe. Sauf que Ooooohhhhh... un pov' type gît à terre, il ne bouge plus. Son vélo est pulvérisé dans le fossé. T'et bien qu'il est mort, le pauvre. Pas le temps de s'apitoyer, faut foncer. J'ai pris le 50 crocs pour suivre le mouvement, y a pas le choix. (C'est impossible et inutile de s'arrêter pour porter secours, un motard de l'assistance protégeait efficacement le cycliste  bien mal en point et les secours étaient prévenus. Souhaitons à ce jeune cyclo un prompt rétablissement).
Je ne comprends pas pourquoi le peloton part aussi vite,
même les pro du Tour de France ne démarrent pas aussi rapidement. Les cinq premiers kilomètres sont neutralisés. Cela s'explique : la chaussée est étroite, les ronds points et les bateaux nombreux.

Cette campagne agricole inconnue est bien belle. Les maisons de pierre attirent le regard. Mais pas le temps de s'attarder. Faut rouler et j'ai du mal à trouver un groupe qui me convient. Les cyclos roulent de manière irrégulière, trop vite dans les parties planes, trop lentement dans les montées. Impossible de rouler intelligent. Je ne suis pas de leur tribu, donc je suis un ennemi potentiel. Pégase renâcle. Il craque encore et toujours de je ne sais où. La transmission siffle et couiccouic. Normal, je l'ai dégraissée et j'ai oublié de huiler ! Quel âne ! Je ne suis pas dans mon assiette. Jamais dans mon rythme. Pourtant, j'atteins des vitesses subsoniques et une cadence incroyable. Les premiers dénivelés apparaissent. Je grimpe bien, je suis content. Par contre, je n'ose pas regarder la FC. C'est délire depuis le départ. A ce rythme, vais-je imploser ou exploser ? Pourtant, je grimpe bien. Je double facilement. Trop peut-être. Je n'ai pas étudié le parcours donc impossible de deviner les bosses et leur longueur. C'est vraiment n'importe quoi en ce moment. Une cyclo se prépare !

Je fais tout ce qu'il ne faut pas faire. Je ne bois pas assez, je ne mange pas, je ne dose rien ! Je roule comme un zombie, souriant tout de même au public et aux bénévoles qui indiquent la route et je fais la gueule à tous les vélos qui m'entourent. Où suis-je ? Combien de kilomètres parcourus ? Combien encore à faire ? Je ne sais pas et ne veux pas savoir.
Après le premier ravitaillement, la route est dangereuse. On le sait. Évidemment, un cyclo est au bord de la route, le visage en sang. Le pauvre. Dans le plat suivant, je m'accroche dans la roue d'un coursier. Il fait tout pour me lâcher.  C'est vrai, je l'ai doublé dans la descente précédente en entrée de virage. Une belle manoeuvre. Il s'échine sur sur 52 x 11, incroyablement puissant. Quant à moi, la puissance, je l'ai oubliée à la maison.
Le vent décide de durcir l'épreuve. Je suis seul. Enfin, c'est ce que je crois. J'emmène quelques cyclos qui ne prendront aucun relais et n'arrive jamais à accrocher les petits groupes qui passent.

Deuxième dénivelé. Je grimpe toujours convenablement entouré des mêmes cyclos qui m'ont largué dans les replats. Arrivés au sommet, ils basculent moins rapidement que je pensais. Seul, je descends d'un bon train et traverse l'Ain, ça rime ! Je m'oblige à boire. Par contre, j'ai bien du mal à attrapper ma nourriture dans mes poches et ça m'énerve d'être aussi peu agile. Un faux plat montant. Je monte efficacement pourtant deux cyclos me déposent. Coup au moral. J'en ai un peu marre. Je paie mes erreurs, mes inquiètudes, ma fatigue. Les crampes ne sont pas loin. Je travaille mentalement et m'applique sur mon pédalage pour les faire disparaitre. Un nouveau pont et le troisième dénivelé s'annonce.

Des crampes, oui mais des crampes !

Le groupe avec qui je roule s'en va. Dommage, y avait une agréable cycliste. Je suis mal. Une crampe intense au mollet droit puis aux quadriceps. C'est quoi ce bordel. Je ne suis pas un habitué des crampes. Je me maudis. Mauvaise gestion de cette cyclo... Mon amour-propre en prend un sacré coup. Déjà que j'ai deux collègues qui foncent devant. Certes, ce sont des jeunes mais tout de même. Que faire toutefois ? Je fais ce que je peux avec moi-même, faut s'accepter, c'est plus zen. Le deuxième ravitaillement m'accueille agréablement. Pipi, glouglou et miammiam me font un grand bien. Les premiers sont passés, il y a une demi-heure parait-il.

Et c'est reparti. Les montées me font mal. Je n'arrive pas à intégrer un groupe. Seul, je fatigue. Le moral vacille quand les crampes apparaissent encore. Impatient de plat, j'en ai marre des petites cotes féroces. Surtout une qui me laisse des souvenirs cuisants. Ne vais-je pas tétaniser ? Non, j'y échappe de peu ! Je récupère enfin la tribu habituelle. Je m'en passerai bien, ils ne sont pas sympas. Ma présence n'est pas appréciée semble t'il. Impossible de prendre un rythme plus soutenu, c'est très énervant. Le dernier ravitaillement annonce l'arrivée à 25 km environ. Les premiers viennent d'arriver. Ben merde, alors.

Pour le retour, j'arrive à accrocher un peloton intelligent et le suivre jusqu'à la flamme rouge. Une certaine vitalité m'anime. Le soulagement est proche... J'en ai plein les pattes et je commence à avoir mal aux épaules. Derniers kilomètres. Le groupe roule bizarrement. On s'observe. C'est ridicule. Nous n'allons pas faire un sprint tout de même. Un des cyclos demande de laisser devant celui qui nous a conduit jusqu'à l'arrivée. C'est vraiment intelligent. Myriam attend à l'arrivée. Elle n'est pas allé chez sa grand-mère. Elle s'est endormie dans la voiture ! Elle m'explique : j'ai vu les arrivées successives. Y a des affûtés qui gagnent, c'est sur. Mais y a beaucoup d'affûtés avec des très beaux vélo qui ne font pas mieux que toi et ils se la jouent ! Drôle d'ambiance !

Une heure de retard !

Cyril, mon collègue de boulot m'attend depuis une heure. Normal. Il est jeune, a du métier et des capacités qui me font défaut ! Mais ça fait pas plaisir. Une demi-heure aurait été mieux pour mon amour-propre. Mais que faire ? C'est ainsi... toujours dur avec moi-même. Et pourtant avec le recul, je m'aperçois avoir géré cette cyclo avec maîtrise. Pas en forme et inquiet dés le départ, j'ai tout fait pour perdre le moins de temps possible et être à l'arrivée. N'hésitant pas, par exemple, à prendre ma cadence de sécurité dans une montée pour déguster, tranquille, les deux petits pains au fromage de chèvre réparateurs ou à travailler mentalement pour contrôler les crampes insidieuses...
Alors que nous attendons pour la pasta party, Cyril regarde son classement et me propose d'aller voir mes résultats. Je suis déjà si content d'être arrivé, le reste je m'en moque un peu ! J'attendrai les publications sur le net et le déchargement de mon cardio. Je suis certain d'avoir pulvérisé ma moyenne ! J'ai donc progressé et ça c'est cool !

Arrivé à la maison, après le rangement du matériel et la douche, je vide le cadio. Pour ma troisième cyclosportive (la dernière date de 2006, Challenge du Dauphiné) les statistiques sont les suivantes :

- Temps passé à pédaler : 4:57:07
- Moyenne calculée sur ce temps : 27,4 km/heure (24 sur la cyclo de 2006)
- Dénivelé : 1630 mètres


Donc pas mécontent... D'autres cyclos pour mon amour-propre ?
Non, pour m'entrainer car les cyclosportives ne sont pas la finalité !

Et enfin, un grand bravo à l'organisation de la Bisou, c'est très bien !
Le site de la Bisou : clic ici
Le parcours 2009 : clic ici


Ah, J'oubliai...

Allez lire l'excellent article de Sophie Matters "Tu ne pédaleras jamais par amour-propre"


 


Par Michel
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