Mercredi 3 juin 2009
Résumé de l'article précédant "le RPE, c'est déjà fini"  :

Les 30 et 31 mai 2009, je participe à mon premier Raid Provence Extrême... soit 585 km, 9450 mètres de dénivelé positif parcourus en 31 heures et 11 minutes !

Après trois jours de maturation, voici le récit de ce moment magique...



Mardi 02 Juin 2009 - 6h30 -

Au volant du Citroën Jumpy aux couleurs du Centre de formation dans lequel je travaille, je quitte le pays du NordIsère pour m'en aller vers celui du Reblochon. Ma fille a oublié dans le lecteur CD la bande originale du film Moulin Rouge avec Nicole Kidman. J'écoute attentivement mais mes pensées restent encore provençales. Soudainement, je sens une intense émotion m'envahir. Les larmes aux yeux, je commence à mesurer l'importance du week-end dernier dans ma vie de cycliste, dans ma vie tout court !
Arrivé au travail, je m'extirpe lentement de la voiture, prenant soin de mon fessier endolori par les 31 heures et 11 minutes de vélo non stop des samedi 30 et dimanche 31 mai 2009. Je rentre dans la salle à manger du personnel. Tous les yeux de l'équipe pédagogique me regardent intensément. Ils ne disent mots et moi, je savoure particulièrement ce moment :

Putain con, je l'ai fait ce RPE !


Samedi 10 mai 2008 - 14h00 environ -

Après être parti de Bédoin, puis de Malaucène, j'escalade pour la troisième et dernière fois le Ventoux à partir de Sault. Dans un virage, je croise Hugues Rico engagé sur le RPE 2008. Nous nous connaissons virtuellement via nos blogs respectifs. C'est à ce moment précis qu'une Impétueuse Envie secoue tout mon moi : l'année prochaine, tu seras ici mais inscrit au RPE !
Aussi, mes deux grands challenges 2008 (La Lyon Mont Blanc et Thonon-Menton par la route des Grandes Alpes) deviennent les étapes nécessaires à la construction de ce grand projet personnel que devient le RPE 2009. Il est impératif d'apprendre à mieux pédaler  surtout sur des distances plus longues afin d'avancer plus vite, surtout dans les parties montantes.
En décembre 2008, je m'inscris au RPE. Les dés sont jetés. Je ne peux plus reculer alors j'entame une préparation "made in MM'S Fun Team Cyclo" très teintée de conseils d'un expert en ultra cyclsime si généreux.
Si vous êtes un lecteur assidu de ce blog, vous savez que cette préparation est passée par des moments de doute intense qui se sont estompés, petit à petit, au profit d'une sérénité incroyable pour la personne plutôt stressée que je peux être.

Vendredi 29 mai 2009 - 09h00 -

Le véhicule convenablement chargé et rangé, les trois membres du MM'S Fun Team Cyclo quittent leur repaire pour Saint Rémy de Provence, laissant derrière eux le féroce tigre miniature missionné pour écarter du dit repaire tout animal de tous poils ou tous plumages et ramages.

Il manque le gyrophare, promis, y en aura un l'année prochaine !

L'autoroute nous conduit directement à notre premier sympathique lieu de vigiliature. Si les deux assistantes du Team préférent la piscine, le futur grand randonneur opte pour une sieste réparatrice mais aussi préparatoire à la longue séance cycliste du lendemain. Après donc, un court dodo, nous faisons la connaissance d'Anne et Mark Haycraft mais aussi de Giancarla Agostini. Arrivent ensuite Laure et Hugues Rico que nous n'avions pas vu physiquement depuis la soirée de présentation de la RAAM de Dominique Briand. Je suis très heureux de les revoir d'autant que si je suis engagé sur ce RPE 2009, c'est bien grâce à... ou à cause de Hugues ! En mon fort intérieur, je me sens tout petit devant ces cyclistes déjà rompus à l'ultra. C'est comme si je frappais à la porte du monde des ultras et demandais :

 "S'il vous plait, puis-je entrer ?
- Evidemment, entrez, mais faites aussi vos preuves."


L'accueil des organisateurs du RPE est vraiment convivial. Patrick François me tutoie immédiatement et m'appelle par mon prénom. Je me sens alors encore plus à l'aise dans cette communauté cycliste. Je rencontre  Pascal Lacarin et son chef assistant (pardon, je ne me souviens pas de son prénom), Pascal Bride  (que je connaissais de nom) puis Dominique Briand et enfin Patricia Berthelier. Et c'est l'heure du briefing. J'écoute attentivement toujours très zen. Je me surprend. Retour au bercail temporaire, miam et dodo puisque l'aspect logistique a été réglé dans l'après-midi. Les (trop gros) cartons de miam pour la nuit sont déposés auprès des organisateurs et tout le reste est bien rangé dans la pratique automobile.

Photo de Pascal Bride

Spécial logistique...

Avant de conter ces extraordinaires trente une heures et onze miniutes passées sur Pégase (vous êtes impatients ?), je tiens à expliquer l'organisation mise en oeuvre. Ma première idée était de m'engager dans la catégorie Ultra, peut-être par l'aspect sérieux que peut laisser une voiture suiveuse équipée d'un gyrophare. Mais au regard de ma vitesse moyenne d'avancement, il m'a semblé plus sérieux d'être dans la catégorie Grand Randonneur. Toutefois, je savais qu'il était autorisé de retrouver ses accompagnateurs aux divers postes de contrôle. Aussi, il était convenu que mes assistantes me précéderaient tout au long du jour et m'abandonneraient à mon triste sort pendant la nuit afin d'aller faire dodo dans un camping. Vous verrez plus loin que cette organisation a été réajustée au cours du périple.
Il est aussi important de vous annoncer le contenu des cartons :
- des yaourts à boire
- des petits pains au lait au kiri ou fromage de biquette
- des sandwichs pain de mie et jambon
- de la poudre Maxim goût exotic et malto
- de la poudre Décathlon goût menthe (ça me sauvera)
- une petite canette de coca-cola
- de l'eau à bulles
- des barres de céréales.
J'avais laissé de coté la choucroute, le cassoulet et le couscous trop lourd à digérer. Toutefois, en cas de grosse fringale, je pensais pouvoir attraper un chevreuil du Verdon comme le jour de la reconnaissance.
Enfin, j'étais équipé de mon téléphone portable avec oreillette et de l'ipod de ma fille qui, en échange, a négocié un ipod rose bien plus mieux !

Samedi 30 mai 2009 - 08h30 - Bédoin sous Ventoux

Après une bonne nuit, je m'équipe pour le départ. Encore une fois, je me trouve relativement serein même si je me suis un peu enervé au volant du Jumpy dans Cavaillon. J'ai horreur des déviations mal indiquées.
Je retrouve tout de suite Laurent Derain et son père venus assister au départ. C'est le même Laurent qui m'a aidé à repérer efficacement le parcours le week-end du 1er mai. Encore une fois, il m'encourage. Je discute avec Hugues qui m'annonce rouler "en tandem" avec Laure, son épouse. Ils ont si raison. Leur complicité de couple va se fondre encore davantage dans un moment cycliste si passionnel. Il est important de les laisser seuls.
Les Grands Randonneurs se regroupent pour le départ. Je suis aux cotés de Hugues et mon Pégase en stroumphnirium aux cotés du Road Burner si vert et si différent... Je suis toujours zen laissant paraitre aucune émotion... Et pourtant !

Spécial Ventoux

Je grimpe pour la quatrième fois de ma courte carrière cycliste le Ventoux via Malaucène. Jamais je n'ai doublé autant de cyclistes. C'est la queue de la cyclo La baume de Venise. Une dame demande à l'un de nous "vous êtes inscrits sur le 97 km". Il répond "non, le 600"... Je roule de concert avec Laure et Patricia. Toutefois, je ne suis pas très bien. Écoeuré, je pense avoir faim alors je miam un petit pain, puis un autre. Je bois mais ça ne me plait pas. La FC trop haute, je gère mal la montée et laisse partir Laure. Pourtant, j'arrive au sommet bien en jambes mais toujours écoeuré. Je perds du temps à m'habiller et descends sur Sault et Aurel. J'aperçois au loin le Team Rico.

Eh, le cyclo ! On ne drafte pas la Dame ! C'est interdit !

De Aurel à Valensol

A Aurel, mes assistantes sont la. Je bois un coca et un yop. Je grignotte une bricole afin de faire passer cet écoeurement. Je m'inquiète déjà tout en reprenant la route. Un grand randonneur m'a dépassé lors de mon arrêt. Il est devant, ça me tire mais je ne cherche pas à le rattraper. Effort inutile à mon goût d'autant que le vent, bien présent, ralentit notre progression vers le Verdon. Myriam me double dans Banon et oublie de tourner à droite. Je pars à sa poursuite et arrive à l'arrêter. Le conducteur d'une voiture équipé du logo RPE me dit que je me trompe et d'aller tout droit. Myriam hésite et je suis obligé d'ordonner séchement de faire demi-tour et de me suivre laissant sur place le conducteur qui persiste à me convaincre d'aller tout droit. (Photo de Marc Liaudon, à Aurel)
A partir de Banon, je roule seul avec mon écoeurement. Je grignote du solide et récupére un yop auprès de Coline à la sortie de St Michel l'Observatoire. Patrick François me double au volant de son auto de location. Pas loin de Manosque, à un "cedez le passage," il m'arrive un truc bizarre. Je laisse passer une automobile venant à ma gauche. La suivante met son clignotant droit et ralentit pour tourner à droite. Alors que je m'engage, la voiture accélère, fonce sur moi, s'écarte à gauche tout en freinant. Évidemment, je ne fais traiter de tous les noms d'oiseaux... Ai-je mal vu ? Peut-être !
A Manosque, je suis très prudent avec les chariottesmobiles. Je monte vers le plateau de Valensole bien moins rapidement que le jour du repérage. Le vent dans le nez, l'envie de vomir toujours sournoise. Enfin le second PC s'annonce. Le Jumpy est la. Coca, yop, eau gazeuse, sandwich au pâté. Je demande à Coline de vider mes bidons et de les remplir avec de l'eau et du produit Décathlon à la menthe. Un autocar arrive, il faut déplacer la voiture qui gène. Un passager descend et vient à ma rencontre : "alors, les Dronières, ça va". Ce sont des Hauts Savoyards mais sans reblochon. Un comble. Y a marre du kiri. Pascal Bride arrive et repart immédiatement. Normal, c'est un Ultra. Moi, je prends mon temps, suis un GR un peu grrrr à cause de mon état nauséeux !

Photo de Laurent Derain

Spécial : L'attaque du Toucan inversé

Et c'est reparti mon kiki !

Je vais plus ou moins mieux. L'écoeurement est moindre. Le produit décathlon passe bien ! Ouf, je suis soulagé (j'ai une boite de Maxim à vendre....). Un second ultra me dépasse. C'est Pascal Lacarin. Soudainement, juste avant Riez, un homme à la tête de toucan inversée me double. C'est Franz Venier. Un casque incroyable, une équipe de télévision pour lui tout seul. Un autre monde !

Je roule derrière Pascal et le Toucan autrichien télévisé jusqu'à Aiguines. Pégase déraille. Quand j'arrive Vénier est reparti. Je suis encore obligé de boire un peu de coca pour faire disparaître cet écoeurement pénible. Après une banane appréciée, je repars. Pégase décide de m'ennuyer en déraillant encore. Je remet tout en place et regarde autour de moi. Ben merde, c'est pas la bonne route ! Je ne sais plus où je suis ! Demi-tour et je me retrouve. J'ai perdu une demi-heure et un grand nombre de cyclos sont passés dont Dominique Briand. Je suis vexé et pas très bien, toujours inquiet de mes
nausées et d'une FC toujours trop importante et ça dure !

Les Gorges du Verdon by night

Je grimpe en direction de Trigance. A mon rythme, comme d'habitude. Je suis seul. Myriam et Coline ont décidé de m'accompagner, évitant ainsi de m'équiper pour la nuit. Je grimpe, je grimpe pas aussi vite que je le souhaiterai. Franchement, ça me gonfle ! Cyclo lent va lentement, trop lentement. Alors, je roule pour moi, occultant tous les autres. Inutile de penser que d'autres vont plus vite, c'est trop tard maintenant. Je pense à la descente des belvedéres qui se fera de nuit. Brrrrr ! Je décide d'écouter de la musique. L'esprit occupé, j'avance surement...
Myriam et Coline récupérent un pauvre GR totalement épuisé, blanc de sel. Je suis ennuyé pour lui. J'imagine ce que l'on peut ressentir lors d'un abandon. C'est un bon gars, il m'encourage !

A Trigance, je met mon pyjama et mes lumières parce que la nuit s'approche et j'ai peur du noir et des bêbêtes qui rodent. Patricia me double, puis je la double à mon tour puisqu'elle s'est arrêtée boire un café. J'arrive au croisement de la route des Crêtes sans trop souffrir.  Myriam confie notre rescapé aux organisateurs. Elle garde le vélo comme prise de guerre.
Avec la nuit, la nausée est partie comme me l'avait expliqué David. Je m'arrête dans la montée des belvéderes. Patricia est toute proche, je l'attends afin qu'elle puisse bénéficier de l'éclairage de la voiture dans la descente dangereuse. Thomas Bercarud nous rattrape et nous irons presque ensemble jusqu'à La Palud sur Verdon. Seul, un ultra nous dépassera. Quant à Pascal, il s'est arrêté au départ de la route des Crêtes. Ses assistants rangent le vélo. C'est dur ! Je compatis mais que dire en ce moment d'immense solitude du cyclo qui décide d'abandonner. Seul, le silence peut le reconforter.
Le PC de La Palud on the Verdonne is very beautiful by night. I drink a good tea et nous repartons, Patricia et moi. Sympa, elle m'a fourni un journal, histoire de mieux me protéger du froid et d'avoir de la lecture en cas d'attente. Myriam s'endort pour deux heures auprès du PC. Après le col d'Ayen où y a ien la nuit, nous basculons sur Moustier Sainte Marie endormi. Je pense à ma fille qui m'a fait remarquer ma demi-heure de retard sur mes prévisions. La demi-heure d'Aiguines ! Et merde, quel con !

De La Palud à Gréoux les bains

Patricia bataille avec son petit plateau. Impossible de l'utiliser. Je l'attends. A Puimoisson, elle s'arrête et me dit de poursuivre seul. J'irai donc en solitaire jusqu'à Valensole, appréciant fortement ce moment de solitude nocturne, enfermé dans ma si petite bulle accrochée au trait de lumière directionnel. Re PC de Valensole. Après avoir vérifié la roue arrière (dessérée à La Palud, ça touchait les patins !), je discute vélo avec David à une heure du matin ! Trop longtemps d'ailleurs. Ce sont les arrivées de plusieurs cyclos qui me secouent. Je m'en vais en direction de Gréoux Les Bains. Un Ultra me dépasse et me dit "Salut Michel". Je reste stupéfait car il m'est complétement inconnu. Je reste derrière lui laissant une bonne distance (no drafting) par principe. Un Ultra allemand nous double. Antony, l'Ultra lyonnais qui vient de me saluer, s'accroche. Je laisse partir mais les rattrape très vite dans le petit mur de Gréoux. Au sommet, ils partent à droite alors qu'il faut aller à gauche. Je les suis et les interpelle pour les ramener sur le bon chemin. Antony se place à ma gauche. Je demande : "tu me connais ? Oui, je suis fan de ton blog". Je reste stupéfait mais ça fait bien plaisir.

De Gréoux à Viens

Antony perd du terrain. Il fatigue. L'Allemand repasse devant mais je reste en embuscade. Enfin Pont Mirabeau. Je pense pouvoir accrocher le Germain, qui n'est pas mon cousin, dans les montées de Beaumont de Pertuis. La route est horrible. On se transforme en sauterelle. Le vélo vibre de partout et soudainement toutes mes lumières s'écroulent. Le support Topeak a laché. Noir complet, bordel. La voiture de l'assistance des deux vélos couchés s'arrête à quelques mètres de mes lampes ! Sympas, ils m'aident à réparer. Je repars pas content et angoissé à l'idée d'être obligé d'arrêter sur un problème de lumière.
Peu avant La Bastide des Jourdans, je retrouve Laurence du CT de Lyon qui assiste un Ultra fatigué. Aller Bourgoin ! me crie t'elle.  A la Bastide, Laurent Derain me téléphone. Il est quatre heure. Il se prépare pour les Boucles du Verdon.  Je ne suis pas frais et j'ai mal à un genou (en fait depuis le départ !). J'arrive à gèrer la douleur mais la position en danseuse fait mal. Les montées suivantes sont alors plutôt lentes mais j'arrive quand même sur la N100. Céreste est proche. Myriam aussi. Le PC aussi. J'ai vraiment froid. Je baille. Je m'endors sur le vélo. Il semble me battre pour avancer, pour essayer de combler le grand trou qui me sépare de ceux qui me précédent. Ma lenteur ascensionnelle m'obséde ! Antony, épuisé,  me rattrape car je cherche à téléphoner pour savoir où est le PC. C'est son assistance qui appele. Le PC est tout proche au croisement de la route de Viens. L'appel de Viens me laisse froid. Viens, beau cycliste fourbu, Viens à moi. M'en fout, moi de Viens. Je grelotte, je dors debout. Heureusement Myriam n'est pas loin. Enfin, le PC. Je retrouve Laurence et son Ultra Zombie avachit sur une chaise mangeant les miettes d'un grand cake au chocolat. Y a plus de gaz dans la bouteille, donc plus de tea. Je monte dans l'auto pour me réchauffer et dit à Myriam, "je dors 15 minutes". On frappe à la fenêtre. C'est fini, faut y aller. Je ne veux pas faire comme Antony qui, avant mon petit somme,  a rendu son tablier. Je l'ai entendu dire au bénévole du PC : Vous pouvez annoncer à l'organisation que pour le numéro 39, c'est fin de course. Encore une fois, j'ai assisté tout chagriné à cette scéne tragique. J'aurai aimé lui dire : remet ton casque, prend ton vélo et repartons ensemble. Mais je ne pouvais pas. Je savais qu'après mon court dodo, je repartirai. J'en avais encore l'énergie  mais que pour moi. On frappe à la fenêtre. Ce n'est pas fini, faut y aller... J'enfourche Pégase et m'oblige à pédaler. Viens, beau cycliste fourbu ! Je sens Myriam inquiète. Elle doute. Je sais qu'elle doute. Je suis endormi mais je ne doute pas de moi. Viens m'appelle. Viens, beau cycliste fourbu ! Dans la montée, je regarde pour la première fois mon compteur. J'essaie de compter. Et même s'il reste 200 bornes, ça change quoi. Dans 50 km, ce sera 150 km et c'est quoi 150 km, ce n'est rien ! Plus rien... Non pas Rien, mais Viens. Mais oui, Beau cycliste, tu y es à Viens ! Bravo !

De Viens à Bonnieux

A la sortie de Viens, Myriam est arrêtée. Elle dort, Coline aussi. Je m'inquiète pour elles. Je zappe l'inquiètude. Pas le choix. Je n'ai pas le choix. Elles n'ont pas le choix. Je roule du mieux que je peux. Je double Laurence et son Ultra endormi. Aller Bourgoin ! Saint Saturnin les Aphtes et arrêt pour casser une petite croute et m'enduire de cetavlon car les fesses me brûlent. Laurence me double. Son ultra est incroyable : il alterne entre épuisement et dynamisme. Je repars et entreprend le col de Murs. J'ai fait l'erreur de ne pas retirer mon pyjama. Je suis obligé de stopper dans la montée cassant ainsi mon énergie. Le LaurenceUltra zombifié repasse. Il est meilleur grimpeur. Je passe Murs. Impossible de reprendre de la vitesse, il me semble me trainer. Le col. Je bascule, je descends trop lentement et ça m'énerve. Croisement et à gauche, la route entre les rochers. C'est beau mais ça monte. Je croise beaucoup de cyclos qui me saluent. L'un d'eux m'encourage avé l'accent. Sait-il d'où je viens ? J'espère ne pas en rencontrer qui vont dans mon sens dès fois qu'ils cherchent à faire la course. Je n'en veux pas dans ma roue.

Photo de Laurent Derain

Dernier dénivelé pénible avant Gordes. Et c'est enfin Gordes. Je vois un parking et y vais. Myriam suit et se gare. Je dis : petit déjeuner pour tous. C'est la maison qui régale. J'avale pain beurré au miel, croissant et thé. C'est incroyablement bon. Je constate que mon dispendieux cuissard est tout abimé d'un coté. Ben, ça frotte contre quoi ? La selle ? Vérification, la selle est bien positionnée. Je repars l'esprit préoccuppé. Si je ne trouve pas le frottement, le cuissard est foutu. Euréka ! C'est la sacoche de selle gonflée par le kit répération. Je stoppe
, démonte le tout et le jette dans la voiture. Impossible de m'assoir, j'ai les fesses en feu. Pégase déraille encore une fois. Je descends, la voiture s'approche et je demande à Coline de préparer le second cuissard Assos : tartine le bien. Enfin Bonnieux, parait que je vais mieux selon la voiture. J'ai trop mal au cul, trop mal aux genoux. Je m'arrête encore et me change rapidement après m'être tartiné. C'est gluant mais c'est mieux...

De Bonnieux à la Cote Sainte Anne

Je fonce sur Lourmarin, puis Cadenet. La Roque d'Anthéron et j'entame la montée vers la cote Sainte Anne. Je la monte ou je la monte pas cette saloperie ? Myriam et Coline sont parties devant. J'ai trop chaud et la voiture n'est plus la pour déposer le coupe-vent. Je m'approche du lieu maudit. J'ai très envie de monter sur le vélo, j'en suis capable mais le souvenir de la voiture agressive, lors du repérage, me hante. J'attaque le dénivelé et la tête lache. J'ai vraiment peur alors je décroche et monte à pieds. Mon amour-propre en prend un coup. Mais bon, c'est ainsi. Je suis photographié sous toutes les coutures par le sympathique Marc... Les gens du PC sont très aussi sympathiques. On plaisante et ça fait du bien. On rigole pas avec Pégase. Mais vraiment pas ! Myriam me dit que Hugues et Laure ont deux heures d'avance. Je me déçois !

De Sainte Anne à Saint Rémy

Je fonce sur Venergues puis Alleins. J'essaie de grimper au mieux pour en finir. Je me trompe encore de route. Myriam vigilante rectifie l'erreur. Un peu avant Mouriès, c'est à leur tour de se tromper. Rectificatif. Et ça repart. Encore une erreur et je range le vélo. J'en ai assez de ces longues lignes droites. Mouriés, enfin. Le dernier PC avec un homme très cordial. Je suis surpris de voir un Ultra allemand arriver. Je repars immédiatement derrière lui.  Un stop et je ne le reverrai plus jamais. Incroyable !
Les Baux de Provence sont noirs de touristes. C'est un vaste bordel automobiliste. Je m'ouvre un passage à grands coups de gueule. Attention, poussez vous, casse toi de la ! Et ils se poussent tous ces empotés. Un connard vient se placer contre moi et klaxonne. Je sursaute. S'il s'arrête, je lui colle un pain. Il m'en reste dans les poches. Au kiri ou au fromage de chèvre, le pain, évidemment, Monsieur ?
La descente et j'hésite encore. Où tourner pour Saint Rémy ? J'attends la voiture. Le pédalage devient difficile. J'ai mal au cul, aux genoux. Les pieds brûlent. Myriam manoeuvre, un con klaxonne encore, je crie plus fort. S'il descend, je l'explose.  Enfin on entre dans Saint Rémy.  Et... Putain, un panneau déviation qui nous conduit je ne sais où. J'explose littéralement. Myriam la joue zen. Elle demande le chemin à des pauvres gens qui restent brouillon dans leurs explications. On comprend rien ! J'explose encore plus haut, énoncant tout un chapelet d'injures. Je veux arriver avant 17 heures, bordel. Je pars comme un fou au feeling, laissant toutes stratégies de coté, agissant totalement en primitif hirsute. Et j'arrive à traverser St Rémy encombré de gens et de voitures. Je dois gueuler fort parce que ils me laissent passer. Je ne suis plus raisonné, ni raisonnable. Un rond point. Merde. J'en fais le tour pour recalculer ma position et je trouve. Je passe sous la banderole Arrivée. Y a personne ! c'est charmant ! Je repére Laurence. Aller Bourgoin. C'est bien Michel. Tu es content ?

Non, je ne suis pas content. Je n'aime pas les arrivées parce que c'est fini. Mais je suis d'un calme olympien et plutôt frais !

Laurence encore une fois : es-tu content ?

Mais oui, je le suis ! je ne suis pas démonstratif, c'est tout. Je le savoure ce RPE !

Le responsable de l'arrivée vient me voir. Ah oui, c'est vrai ; faut dire qu'on est arrivé !

Myriam et Coline descendent du Jumpy. Très heureuses de ma prestation, de leur prestation d'assistantes. Pas plus d'effusions. Seulement une forte émotion entre nous trois ! C'est promis, on reviendra mais avec un gyrophare ! C'est promis, un gyrophare agricole orange...

Résultats officiels :

Distance : 585 km
Temps total : 31 heures et 11 minutes
Moyenne : 18,95 km/heure

9ème de la catégorie Grands Randonneurs
4ème de la catégorie GR 40 à 50 ans

Mon cardio :

Distance : 632,4 km
Temps total : 31 heures et 11 minutes
Moyenne : 20 km/h
Temps de pédalage : 27 heures et 54 minutes
Moyenne sur temps de pédalage : 22,7 km/h


Merci à tous, cyclos et lecteurs de tous poils et toutes plumes !


En savoir plus sur le RPE :

- La page RPE 2009 de ce blog, clic ici :

- Le site Vélo-Concept, clic la :


Par Michel - Publié dans : Challenges
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